Du départ à l’écluse de Morlaix, en passant par l’Aber Wrac’h, Camaret-sur-mer, pour quitter la Bretagne et partir direction l’Espagne, par le golfe de Gascogne.
Jour 1 – 8 décembre 2025, Port de Morlaix
Jour de départ. Jour de fatigue surtout au début. Jour de 556ème chose à ne pas oublier : passer l’aspirateur, prendre ses sandales, arriver à temps à l’écluse. Poser enfin tous les sacs dans le bateau comme on jette un boulet. Enfin, la joie après le moteur qui s’allume, ne pas se rendre compte tout de suite qu’il y a plein de petites personnes là bas au fond. Les ami.e.s qui attendaient qu’on parte à 9h. Les ami.e.s qui chantent pour nous alors on fait une boucle pour elleux, pour mieux les entendre. L’enthousiasme monte, rire avec la gorge élargie. L’air qui fouette les joues, le vent vivant. Qui nous emmène plus loin, qui nous bouscule ensuite, avec son amie pluie. Finir la journée difficilement (un gros vent échelle 8 sur l’échelle de Beaufort est arrivé plus vite que prévu), en saccade comme cette pluie qui fait mal, qui ne veut pas qu’on la regarde. Barrer, barrer jusqu’à en avoir mal aux doigts de froid. Mais voir des dauphins. On pense aux jours chauds, on se demande si ça va arriver un jour. Quand. Déjà, on arrive pour aujourd’hui à l’Aber Wrac’h.
Jour 2 – Aber Wrac’h
Veille de mon anniversaire. Je repense à ce que Virginia Woolf a écrit à l’aube de ses 33 ans également, en janvier 1918 dans son journal de bord : “The future is dark, which is the best thing the future can be, I think ». Je me dis que ça doit être la phrase du départ, la phrase de l’incertitude, de la joie de pas savoir, du temps obscur et encore à venir. Je tisse un filet de nourritures pour le bateau, on passe du temps sur le lit de la cabine, on range 10 fois la même casserole et on mange du munster qui vient de notre « frigo » : Alex nous a fait la surprise d’en ramener dans le bateau. Tout devient source de nouveau rythme et un air de vacances s’installe. Pourtant hier, on ne savait pas ce qu’on allait devenir, quand on allait arriver.
Jour 3 – 22h57 – Camaret sur mer
On est reparti.e.s en mer, cap à l’ouest et sud. Il y a des temps lascifs devant la mer où on ne peut que la regarder, et des temps accélérés où il faut réagir très vite. Et il y a des temps suspendus, comme quand les dauphins se sont approchés de nous cet après-midi, sous le soleil. Des dauphins immenses qui ont fait des ronds sous le bateau, des fous de Bassan qui ont fait des têtes dans l’eau aussi. On passe la pointe Saint Mathieu, le lieu le plus à l’ouest de toute la France, sous une lumière magique de fin de journée. Tout le monde s’acclimate déjà plus à la vie en mer, même si on est seulement capables de manger les biscuits alsaciens d’Alexandre ou de manger un repas devant la mer, doucement. Le soir : arriver au début de la nuit, et se rendre compte que l’estomac est bien reposé, il veut des crêpes. Il les aura. C’est mon anniversaire et c’est la première fois que je le fête en mer. Aller me coucher sur cette phrase de la poétesse Audre Lorde : « Je suis revenue à mon corps, car où d’autre aurais-je pu aller ? »
Jour 4 – Camaret sur mer – départ 3h
Vendredi, jour des préparatifs pour un départ au début de la nuit. On range et dérange, range de nouveau, on lave on essuie on frotte et surtout on sèche. Morgane fait un velouté dubarry sans dubarry, et un petit salé au tofu. Nous sommes fin prêt.e.s avec plein d’oublis que nous ne verrons que plus tard. Dimitri fait un point sécurité, et on part, on largue des amarres.










