Une traversée de 7 jours entre Santa Cruz de Tenerife et Mindelo, sur l’île Sao Vicente au Cap Vert, avec un vent arrière constant et une houle de 2-3 mètres. 890 milles nautiques parcourus.
13 janvier
Une journée typique de départ et en même temps un peu folklorique. On se réveille très tôt pour aller chercher du gaz dans une entreprise d’une station essence de Santa Cruz (un gars de cet endroit nous a dit de faire ça hier) mais impossible d’acheter ni de re-remplir notre bouteille de gaz. Pareil pour les bouteilles locales qu’on voudrait acheter en ferreteria, ça ne marche qu’en Espagne, et finalement après moultes recherches de bouteilles camping gaz, détendeurs et câbles on trouve ce qu’on peut et on est prêt.e.s à partir. Les voiles recousues sont rangées ou remises sur le bateau et les courses sont bien rangées : ça y est, on part à midi, avec un arrêt mouillage encore sur Tenerife, pour enlever ce qui a l’air d’être coincé dans l’hélice.
Après quelques heures de mélange de pluie et grand soleil (avec un arc en ciel immense sur Tenerife), on s’arrête et on jette l’ancre, devant un petit village de maisons blanches et de palmiers. Alex, Morgane et moi plongeons avec des couteaux pour essayer d’enlever ce qui coince l’hélice et crée des vibrations anormales : c’est une corde de plastique enserrée autour de l’arbre d’hélice. On coupe ce qu’on peut mais impossible d’enlever la totalité. Tant pis, on devra partir au cap vert comme ça, et réessayer plus tard. On reprend la route cap 210.
14 janvier
Tout le monde a un peu du mal aujourd’hui, parce qu’on a toustes fait une mauvaise nuit de reprise la veille, le temps de se réhabituer à dormir sous le gré de la houle et de la gîte. Alors on enchaîne les siestes et les temps de veille, et Dimitri nous cuisine des pois chiches et brocolis au gingembre : c’est génial de manger chaud avant son quart : même si ça y est on peut faire les quarts sans bonnets depuis le départ, il fait bon dehors.
15 janvier
Je me réveille difficilement pour mon quart de 7h, mais je sais que je vais voir les premières lueurs du soleil. Il y a quelques nuages mais la nuit a été magnifique : c’est la première fois depuis qu’on est parti.e.s qu’on voit la Voie lactée aussi bien. C’est Sirius qui guide le bateau un temps cap 210, vers les îles de Cap vert. Il y a peu de vent en ce début de journée mais il revient vite, avec les dauphins pour me faire un dolphin show incroyable. Tout le monde dort encore et je vois certains dauphins faire des vols planés des pirouettes et des plats sur l’eau (et oui les dauphins en font aussi, volontairement en plus!) autour du bateau, en repassant dessous encore et encore.
16 janvier
Aujourd’hui on a reçu un message satellite de Sébastien, qui travaille pour Météo France. Ça y est, on a le feu vert pour larguer la bouée météo qu’on a stocké dans la cabine d’Anna. La bouée va pouvoir mesurer la température de l’eau pendant de nombreuses années de manière super précise. Alors on prend le temps de dessiner des cétacés et autres merveilles de la traversée sur la bouée, puis le nom de l’école avec qui on est en lien depuis le début du voyage. Il y a trois mètres de houle donc on parvient difficilement à la lancer, mais ça y est, elle et son ancre flottante sont à l’eau. Sur le bateau on cuisine des chapatis et du chatchouka (l’orthographe est à vérifier !) et on chante à tue tête sur l’album de lalaland. À la nuit tombée, on retrouve les étoiles du ciel, Sirius et Orion bien visibles, et les étoiles de la mer, le plancton qui brille de petites lueurs de partout sur l’eau et qui rend l’écume un peu fluorescente. Il y a même de points de lumière qui arrivent quand on tire la chasse d’eau des toilettes. On est toujours au cap 210-220.
17 janvier
Les jours et les nuits commencent à se mélanger. Ce qui ne change pas : les planctons visibles au coeur de la nuit, la houle de 3 mètres, le cap 210-220.
Où sont passés les dauphins et les tortues rouges ?
Une surprise de taille pendant un de mes quarts de nuit : je vois pour la première fois un poisson volant, et celui me fait sursauter car je le vois très vite, blanc et fulgurant sauter d’un côté à l’autre du bateau, et faire toute sa largeur ! Son saut devait être à 2 mètres de haut, c’est juste incroyable. J’espère pouvoir voir un peu mieux ses ailes la prochaine fois, et en même temps je sais que je vais en croiser pleins quand on sera en train de traverser l’océan Atlantique jusqu’au Brésil, sautillant autour de nous ou retrouvés morts sur le pont au petit matin, ayant essayé d’échapper à une dorade.
18 janvier
La journée commence bien, Dimitri prépare des pancakes pour le petit déjeuner. Aujourd’hui on fait un empannage à midi pour faire un peu cap 260 et mieux se positionner pour la fin : il reste l’équivalent de la Manche à traverser : du pipi de chat quoi ! (Nouvelle expression adoptée par l’équipage)
Le ciel est toujours clément avec nous, il fait beau, toujours pas de pluie depuis le début de cette traversée, ça nous change. C’est dimanche aujourd’hui et donc on s’autorise d’utiliser le four pour faire griller des aubergines du marché de Tenerife et un bon gâteau chocolat courgettes de Morgane, un délice. On avait peur de pas avoir assez de gaz avec nos péripéties aux Canaries, surtout qu’on a dû sacrifier notre câble de la bouteille française de 6kg de butane pour la nouvelle bouteille camping gaz de 2,8 kg, donc on espère vraiment en retrouver un à Mindelo aux Cap Vert.
19 janvier
Dernier jour (et quart) de navigation prévu : on devrait arriver demain matin entre 8h et midi. C’est aussi le jour du bain : je décide de me rafraîchir en me lançant des grands seaux d’eau de mer dessus. C’est si revigorant ! Morgane se laisse aussi tenter. On ne s’est pas renseigné.e.s sur les requins dans la zone et donc on ne tente pas une baignade directe. Bientôt. J’ai déjà lu tellement de livres depuis le début, pareil pour les autres. J’essaierai de faire un article sur ces merveilleuses lectures quand j’aurai internet, de l’électricité pour un ordi et du temps. Pour l’instant je n’ai que le troisième et pourtant j’ai l’impression de ne pas faire grand chose de mes journées. La différence entre mon rythme à terre et en mer est quelque chose qui mettre sûrement longtemps avant de trouver un équilibre, moi qui pensait pourtant m’adapter vite.
On mange les derniers avocats.










