Une semaine à Mindelo, île São Vicente, Cap-Vert

20 janvier

Ça y est, je sors ma tête de l’hublot et les îles sont là. Plus précisément, c’est l’île de São Vicente qui se dresse devant nous. Haute et majestueuse, faite de vagues de pierre qui descendent et remontent, sur une longueur de la taille de tout ce qui rentre par mes yeux. Au centre, il y a un « doigt de troll » dit Dimitri, en référence aux doigts de pierre que l’on avait vu en Islande, il y a quelques années. Le ciel gris s’éclaircit et la ville de Mindelo apparaît, surmontée d’épaves d’abord, et d’une immense marina ensuite.
On fait un amarrage en pendille un peu particulière, qu’on avait jamais fait. Les pontons grouillent de gens, de navigateurices et de bateaux-stoppeurs. Beaucoup de français.e.s et de breton.ne.s, mais aussi on voit les pavillons anglais, allemand, espagnol, suédois, néerlandais, ….
On est assez fatigué.e.s mais on doit faire un check-in en trois étapes : marina – policia – immigration. Ça se passe sans encombre et on part en quête de nourriture capverdienne. On découvre le cachoupa, un mélange de haricots et de maïs un peu sec ou en sauce, très nourrissant. Le reste de la journée se transforme en sieste et en balade de la ville. Il fait bon d’entendre le portugais dans les rues colorées (on se croirait à Cuba, dans l’idée que j’en ai), mais je me redis qu’il est fou que cette île sèche n’ait pas été habitée par des êtres humains avant l’arrivée des portugais.e.s et de leur colonisation. J’ai hâte d’en savoir plus. 

21 janvier

Réunion d’équipe le matin au café flottant de la marina. Chacun.e a besoin d’un temps calme à terre et visite Mindelo. Avec Dimitri on en profite pour faire des emplettes pour le bateau : mission lumière pour le compas, tube pour le gaz, serre-flex, câble d’élec pour le bateau. C’est fou comme un objet spécifique, même commun, peut être difficile à trouver. 

22 janvier – 26 janvier

L’ambiance au port est animée : tous les bateaux et équipages que l’on croise partent en direction du Brésil ou des Antilles, beaucoup sur la côte Est du Brésil d’ailleurs, on est le seul bateau à aller à Belém et sur l’Amazone, bien qu’un équipage voisin de norvégiens (4 gaillards blonds on aurait des 4 jumeaux) ait aussi failli faire le même trajet que nous, mais ils visent une ile brésilienne plus au Sud.
On visite le Christina II, un voilier classé monument historique à La Rochelle : l’intérieur est fait de courbes et d’acajou, un délice pour les yeux. On visite aussi un autre Sun Fizz de 83 (le nôtre est de 81) qui est aussi de bois vêtu à l’intérieur, pas en Formica blanc comme nous. Il a la coque jaune et blanche et il s’appelle Batukad (ou Batukada ?).

Une fois sorti.e.s du port, ça y est, les européen.ne.s du port sont dilué.e.s avec les autres habitant.e.s capverdien.ne.s, on entend le portugais dans les rues et on est là à temps pile pour le début du carnaval. C’est inauguré un soir, avec des tambours tonitruants et des danses ventrales. C’est entraînant. 

En rentrant d’une baignade (et d’une très belle plage), on fait la rencontre de Marc-Antoine, le coup de cœur de notre escale au Cap Vert. Marc Antoine, capverdien, né à Dakar et vivant à Paris, nous entraîne dans les bars clubs dansants de Mindelo. À la retraite depuis un an, il est ici pour l’anniversaire de sa tante et pour lui tenir compagnie (lui cuisiner des yassas et ragoûts). Il est incroyable, il parle à tout le monde et il se retrouve toujours à suivre la musique là où il la trouve. Il joue surtout de la guitare jazz, mais improvise sur ce qu’il trouve ! On réussit à lui faire visiter le bateau avant de partir, et grâce à lui, je nettoie correctement mon harmonica, avec lequel soit dit en passant je n’ai joué que deux fois depuis le début du voyage. (Mais il n’est pas trop tard !)

Demain ça y est, on partira pour la grande partie de la transatlantique aller : pour deux semaines de navigation non-stop, jusqu’au Brésil.