Auteur/autrice : Dimitri

  • Sirius en mission pour Météo France et l’Agence Spatiale Européenne 

    Sirius en mission pour Météo France et l’Agence Spatiale Européenne 

    16 Novembre

    Tout commence à Morlaix, lorsque Hélène, très active dans la vie sur le port, me contacte. Elle vient de rencontrer Sébastien, qui travaille pour météo France, et qui cherche des voiliers pour déployer des bouées météorologiques. Connaissant notre projet de transatlantique elle a pensé à nous et nous demande si on est intéressés pour une mise en relation. Évidemment le projet nous intéresse, je récupère le numéro de Sébastien et m’engage à le contacter dans la semaine.

    18 Novembre

    Je prends contact avec Sébastien par SMS, qui me rappelle aussitôt. On échange quelques mots, puis on décide de se rencontrer dans l’après midi pour échanger autour d’un café.

    Sébastien m’explique que Météo France cherche régulièrement à déployer des bouées qui effectuent des relèvements de données météorologiques en mer, nécessaires pour améliorer la précision du maillage des modèles de prédictions pour les prévisions météo. Les données relevées sont accessibles à tous les scientifiques du monde entier, et sont mises en commun avec d’autre bouées déployées par d’autres acteurs, principalement les USA et le Canada. Environ 1200 bouées sont actuellement en service sur les océans du globe dans cette constellation en open data, et environ 350 ont été déployées par Météo France, pour le compte de toutes les agences météo d’Europe.

    Chaque bouée embarque un capteur de température, un capteur d’humidité et un capteur de pression atmosphérique, les 3 indicateurs clés sur lesquels se basent les modèles de prévision. Elles effectuent des relevés toutes les heures, les données sont transmises via satellite avec la position exacte, et les bouées sont conçues pour une autonomie variant entre 7 et 9 ans. Elles sont équipées avec une ancre flottante ce qui leur permet de dériver au gré des courants, ceci afin de rester le plus longtemps possible en mer. 

    Par chance, Sébastien a actuellement une bouée disponible dans le coffre de sa voiture, qu’il vient de récupérer sur la bateau d’Alexia Barrier, qui s’apprête à partir pour le trophée Jules Vernes avec une bouée de remplacement plus légère. La bouée récupérée est prévue pour être déployée dans la gyre nord-atlantique (courant circulaire permanent entre le continent européen et américain) , ce qui tombe à pic puisque c’est sur notre route !

    Cette bouée a une particularité, elle possède en plus un capteur de température très haute résolution (précision au millième !), qui sert à étalonner les relevés de températures effectués par les satellites européens de la constellation Copernicus. (Il faut savoir que les satellites sont excellents pour effectuer des relevés à grande échelle de données relatives, mais ont besoin de capteurs in-situ pour calibrer ces données avec une valeur absolue.)

    Ravis par la possibilité d’apporter une contribution à la communauté scientifique mondiale pour améliorer la précision des modèles de prévisions météorologiques, on décide évidemment d’embarquer la bouée, que l’on devra déployer quelque part entre les Canaries et le Cap Vert.

    16 Janvier

    Sirius a quitté les Canaries depuis 3 jours et file en direction du Cap Vert. Dans la matinée le téléphone satellite sonne, c’est Sébastien qui nous donne le feu vert, on est dans la zone adéquate au déploiement de la bouée, et ce pendant 48h.

    La mer est un peu houleuse, le vent bien établi souffle sur l’arrière du bateau, et n’ayant pas l’intention de se calmer dans les prochains jours, on décide alors que l’on procédera au déploiement dans l’après midi au moment le plus calme de la journée, depuis la jupe arrière du bateau.

    Vers 17h, on sort la bouée qui attendait patiemment dans une cabine, puis on décide de la personnaliser avant de la déployer, avec quelques dessins qui témoignent de la vie aquatique rencontrée jusque là sur notre parcours.

    Étant en contact avec 2 classes de CP/CE1 de l’école Jean Piaget – Kerfraval à Morlaix, on décide aussi de marquer la bouée avec le nom de l’école ainsi que le nom du bateau, et d’enregistrer ces instants en vidéo afin qu’ils soient diffusés en classe lorsque Sébastien interviendra dans les prochains jours.

    Il ne reste alors plus qu’à activer la bouée en retirant un aimant, puis avec Laura, on se place sur la jupe arrière du bateau, parés au déploiement.

    On attends confirmation que la bouée fonctionne bien, grâce à une série de bips qu’elle devrait émettre suite à son activation. Après 2min on l’entend sonner, tout est prêt, 3, 2, 1… on largue la bouée avec son ancre flottante, mission accomplie pour Sirius et son équipage !

    Pour plus de détails sur le rôle de cette bouée dans le cadre de Copernicus, voir TRUSTED.

    Enfin, pour accéder aux données et à la position de la bouée déployée par Sirius, cliquez ici.

  • Touché, mais pas coulé

    Touché, mais pas coulé

    Muxía, Espagne – 22 Décembre 2025.

    Après 2j en escale pour laisser passer un épisode orageux, on décide de reprendre la mer pour rejoindre le Portugal. L’idée est d’enchainer 2 nuits de suite, la météo le permet, mais les conditions vont être un peu sport.

    De la pluie est prévue pour la première nuit (beaucoup, 19mm sur 24h), un vent établi un peu fort (22 noeuds) avec de bonnes rafales (29 noeuds) avec un mer bien formée (entre 3 et 4m de houle). On sait que ça va être dur, mais on se réconforte en se disant que le soleil va arriver sur la journée qui suivra, et que c’est peut être une de nos dernières nuits à subir des conditions hivernales un peu rudes puisque plus le temps passe et plus on se rapproche du Sud.
    Mais c’était sans compter sur la présence des orques ibériques, normalement peu présents dans cette région à cette période de l’année…

    Il est 2h du matin, on est à 22 milles nautiques (35km) de la côte, j’attaque mon quart à la barre, tout le monde dort. Le bateau fait route avec un appui moteur pour braver une forte averse et une houle formée. L’obscurité est telle qu’on ne distingue pas la séparation entre la mer et le ciel, et puis de toute façon la pluie fouette trop le visage avec le vent donc je reste concentré sur le compas pour tenir le cap et lutter contre la houle qui cherche à nous dévier.
    Tout à coup, une force violente s’exerce sans prévenir sur le safran. Pensant d’abord qu’il s’agit d’une vague un peu plus puissante que la moyenne je tente de résister pour maintenir la trajectoire du bateau mais la force est bien trop intense, insiste, emporte mes bras, et le safran part se fracasser contre sa butée de fin de course. Immédiatement, une nouvelle force vient s’exercer et envoie le safran en rotation à toute vitesse dans l’autre direction. Les chocs sont impressionnants, le safran risque de lâcher, le bateau est hors de contrôle, et je m’inquiète du risque de casse pouvant entrainer une voie d’eau…

    Je comprends vite qu’il s’agit d’une interaction menée par des orques ibériques, connues pour le comportement joueur avec les safrans de bateaux. Je décide de réveiller Laura, l’informe de la situation, et lui demande de lancer une alerte sur la VHF pendant que je reste au poste de barre à essayer de soulager le safran, bien que la trajectoire du bateau soit totalement incontrôlable.

    On suit les recommandations, dont on avait pris connaissance en amont, qui consistent à se faire discrets pour ne pas susciter la curiosité des orques. Faire le moins de bruit possible, éviter les flashs lumineux, et ne pas opposer de résistance pour rendre le bateau le plus « ennuyant » possible pour que les orques se désintéressent au plus vite. 4 ou 5 coups sont portés au safran, je sens les butées qui résistent, en souffrance, un autre coup tente de soulever le safran, j’entends un craquement, je m’inquiète pour le tube de jaumière (pièce qui assure le passage et l’étanchéité de la mèche du safran a travers la coque), si il s’abime ou cède il y aura risque de voie d’eau… Finalement l’interaction ne dure pas longtemps et après 2 ou 3 minutes, les coups s’arrêtent et le safran reprend ses oscillations générées par la houle.

    Le bateau continue de dériver en faisant des cercles, malmené par la houle. On laisse volontairement le safran libre afin ne pas stimuler les orques, ne sachant pas si elles sont toujours là. La barre semble avoir tenu le coup, elle tourne dans un sens puis dans l’autre en suivant les mouvements du bateau. C’est bon signe, ça veut dire que les commandes de direction sont opérationnelles et que le safran est probablement encore fonctionnel. On inspecte les fixations du safran, le tube de jaumière a tenu le coup, l’étanchéité semble correcte. Une fixation mineure est cassée, ainsi que le vérin du pilote automatique, qui bien que débrayé, n’a pas résisté aux coups qui ont forcé sur les butées. Après 15min à avoir laissé le bateau dériver, on décide de reprendre progressivement le contrôle, tout en limitant au maximum les oscillations sur le safran afin d’éviter au maximum d’attiser la curiosité des orques au cas où elles seraient encore dans les parages.

    Au final plus de peur que de mal, l’interaction aura été brève, et les dégâts seront mineurs. L’abri le plus proche est à plus de 4h de route à l’Est, comme l’état du bateau semble correct on décide de poursuivre notre route vers le Sud. Plus tard dans la journée une inspection du safran à la caméra confirmera qu’il est intact, ce qui nous permettra d’enchainer avec une deuxième nuit, comme prévu initialement, dans des conditions bien plus agréables cette fois ci.

    Touché, mais pas coulé, l’aventure reprendra après une courte escale technique à Cascais !