Auteur/autrice : Laura Conill

  • Direction le Brésil – Transatlantique partie 2/2

    Direction le Brésil – Transatlantique partie 2/2

    Une deuxième semaine de navigation sud-ouest pour traverser l’océan Atlantique, jusqu’aux côtes de la forêt amazonienne, au Brésil.

    4 février 

    Il fait très chaud, on multiplie les seaux d’eau sur nos têtes pour se rafraîchir un peu. Malheureusement on en perd un en mer dans un instant de mégarde et l’autre se fend. Va t-on passer aux douches avec la bouilloire ? On pourrait aussi se baigner, mais aucun de nous n’a pensé à vérifier que cette zone est ok pour nager, et puis il faudrait s’accrocher, car on a une vitesse moyenne de 7-8 noeuds actuellement.

    5 février 

    On est passé.e.s dans une zone où les bulletins météo sont émis par le Brésil, preuve qu’on se rapproche de plus en plus, en faisant plus de 100 milles nautiques par jour (moyenne journalière : 135 milles nautiques).  

    6 février

    C’est le jour des oiseaux, on en croise beaucoup aujourd’hui. À chaque fois on prend ça comme un signe que peut être il faut pêcher. Certains oiseaux en particulier sont drôles : à la nuit tombée, un oiseau qui ressemble à une corneille se met en balançoire sur la filière du bateau, instable mais elle reste. Puis une deuxième arrive sur la filière d’à côté. Et encore une troisième.
    Toute la nuit, elles vont faire de la balançoire sur le bateau, à rester proches de nous. Je les vois encore depuis l’hublot de ma cabine, en mode danse Moulin rouge comme a dit Anna au dîner.
    Il y aussi autre chose de merveilleux, dans l’eau on revoit de nouveau des taches de lumière subite, des blooms centralisés et éphémères de plancton. Cela fait comme des spots lumineux et verts, même loin de nous, comme une soirée disco sous la mer. C’est sublime. Je me demande ce que pensaient les marins du plancton avant. Savaient-ils que ça existait, à partir de quand ?

    7 février

    Il est 6h du matin et c’est la première fois que je vois la croix du sud, une constellation phare de l’hémisphère sud. C’est un indice qui nous dit qu’on se rapproche vraiment de l’arrivée. 

    8 février

    Cela fait deux mois tout pile qu’on est parti.e.s. On aura mis deux mois pour faire Morlaix-Belém au lieu des 1 mois et demi escompté. Personne à bord n’est encore prêt à l’idée que ce sont les côtes brésiliennes que nous verrons. Il n’y a que la mer autour de nous pour l’instant, et depuis deux semaines les seuls objets flottants que nous avons croisé sont deux cargos. C’est tout. En revanche, des dauphins (timides cette fois) ça oui, et des oiseaux, qui prennent souvent le taxi flottant sur nos panneaux solaires ou même une fois sur la bôme.

    9 février

    Quelle nuit. Ça y est, c’est le retour de la grande pluie, et des grains, du bon vent.
    Pendant le quart d’Anna cette nuit, ça s’est soudain mis à souffler très fort et à catapulter de la pluie, alors Dimitri et moi sommes sorti.e.s, pour réduire la voilure d’urgence.
    Il ne fait pas froid et cela fait du bien d’être rincé.e.s à l’eau douce pour une fois, sur nos corps un peu poisseux de sel.
    La journée se passe ensuite tranquillement, avec du vent mais beaucoup moins fort, nous laissant le temps de faire des siestes apaisées pour rattraper la nuit.


    En fin de journée, Dimitri décide de tenter la pêche de la dernière chance, car il est vrai que nous n’avons encore réussi qu’à pêcher de la sargasse, et notre ligne se coupe sans arrêt, perdant des leurres et des poids. C’était le bon moment, car ça a mordu assez vite. Dimitri remonte la ligne avec l’aide d’Alex et là, que voit t-on, un énorme thon, de 50 cm de long, magnifique dans ses couleurs d’écailles grises bleutées et jaunes, accroché au leurre que Dimitri a acheté au Cap Vert. Incroyable.
    Alex, le seul de la bande qui sache vraiment vider un poisson, s’en occupe, et on se rend compte de l’immensité du travail à faire, avec des couteaux pas très adaptés en plus. Qu’importe, on y parvient, pris d’une énergie folle, à couper, peler, enlever, trancher. Ce soir là et le lendemain, on en mettra une partie au four, une partie à la poêle, une partie en ceviche et une partie en saumure. Il y a là des kilos de nourriture, et le thon blanc, car c’est bien un thon blanc on a vérifié, est délicieux. 

    10 février

    Il reste plein de thon, évidemment. C’est thon au petit dej aussi. La nuit a été un peu pluvieuse mais le vent n’a rien à voir avec la nuit dernière. Des dauphins passent faire un coucou rapide autour du bateau.

    On compte les milles nautiques restants jusqu’à l’hémisphère Sud, impatiemment, Dimitri nous les crie depuis la barre, et nous dans le bateau on prépare en secret nos déguisements pour ce midi : heure approximative à laquelle nous allons enfin passer la ligne de l’équateur. Et cela se fête ! Il est d’usage d’ouvrir une bouteille et de se déguiser, de remercier la mer pour ce passage possible.
    Tout le monde fait avec les moyens du bord : Morgane se déguise en éponge, Anna en sirène de la fête, Alex en Tom Hanks avec son ballon Wilson, Dimitri en guirlande de pavillons et moi, en leurre géant. Ce midi c’est thon bien sûr (pané au gofio, avec du riz et le reste de kimchi de la mer) et on offre une gorgée de champagne au bateau, une gorgée pour la mer, et le reste pour nous. C’est grisant sous cette météo encore bien grise. On s’approche officiellement, même si toujours pas de côtes à l’horizon. On verra les phares à la nuit tombée.

    11 février – L ‘arrivée !

    Maintenant c’est sûr, on a quitté la pleine mer. Quand je regarde le sillon d’eau derrière le bateau, l’eau est sans reflet et d’une teinte qui paraît grise ou marron, je ne sais pas encore. Nous verrons ça quand il fera jour. Le trajet dans l’embouchure du Rio Pará est long mais doux, une vitesse de 3-4 noeuds au génois uniquement : on a rangé la grand voile cette nuit, car il y avait des orages aussi au loin. Maintenant, le temps est clair, et je me rends de plus en plus compte que mon imagination enfle autour de ces lignes de côtes plates, dans l’attente de la lumière du jour. Même au bord des côtes, nous n’avons aucun réseau. On est encore loin du monde. 

    Quand la lumière du matin arrive enfin, les côte sont là, c’est incroyable. Il y a en face les plus beaux nuages que j’ai vu depuis le début du voyage, ils étincellent de l’intérieur. On commence à croiser des pêcheurs, et des cargos. Ma doué, on arrive.

    Autre fait marquant, les insectes sont de retour. Ça grouille sur le bateau, ils viennent nous coller et nous tenir compagnie. On voit passer des insectes qu’on avait jamais vu avant, et on espère juste que les moustiques nous laissent tranquille. Toujours dans cette eau couleur pistache café au lait, on savoure cette mer calme pour finir d’imprimer nos gravures en tétrapak avec la machine à pâte d’Anna.

    Puis les contours des côtes se précisent. Ce sont des palmiers, des grands arbres, des plantes inconnues, des grands rapaces noirs dans le ciel. Des nuages grondent au loin, ce sont des cumulonimbus en devenir, on les reconnaît à leur forme en champignon/enclume, avec le haut tout plat, et qui monte très haut dans le ciel. On fait un ancrage momentané pour laisser passer une pluie violente et des éclairs pas si loin. C’est vrai qu’on arrive dans la saison des pluies, et aussi pile pour le Carnaval brésilien.

    Mais là tout de suite, on est toustes émerveillé.e.s du paysage de la forêt amazonienne qui débute tout juste sur ces rivages, dont on voit de fins et mystérieux brins d’eau disparaître dans la luxuriante végétation. Je n’imaginais pas l’embouchure si vaste, et le fleuve si large. J’apprends d’ailleurs que nous ne sommes pas encore dans le fleuve Amazone, mais dans le fleuve Para : le rio Para. On écoute le bruit de la forêt qui vient jusque nos oreilles, et on reste scotché.e.s à nos paires de jumelles, jusqu’à arriver au club nautique proche de Belém, perdu sur le fleuve, avec seulement deux autres bateaux amarrés là eux aussi.

    On touche terre, ça ne valse pas sous nos pieds, on en revient pas aussi. On l’a fait !

  • Direction le Brésil – Transatlantique partie 1/2

    Direction le Brésil – Transatlantique partie 1/2

    La première semaine de la traversée de l’océan Atlantique, entre grand soleil, seaux d’eau de mer, et poissons volants en vue 👀 🐟🪶

    27 janvier – Départ de Mindelo

    Après avoir décalé notre départ plusieurs fois, notamment pour qu’Anna puisse se faire vacciner contre la fièvre jaune, nous sommes prêt.e.s à partir. Même nos amarres veulent se détacher d’ici, à cause du vent on réussit à bien bien amocher et scier toutes nos amarres au port. On passe à l’immigration refaire tamponner nos passeports et puis c’est parti !

    On se rend compte qu’il y a un bruit étrange dans l’hélice du bateau mais l’eau étant trouble encore on vérifiera ça plus tard. On hisse la GV avec deux ris et le génois, un peu enroulé. Petite pensée pour Diego le bateau-stoppeur qui n’a pas encore trouvé de bateau et qui voulait de base être à Belém pour la COP. On espère qu’il trouvera quand même ! Le bateau est stable et la houle pas trop violente, il fait bon d’avoir les deux voiles pour l’équilibre du bateau. On commence les quarts en pensant aux poissons volants qu’on verra avec un peu de chance, en mangeant la délicieuse foccacia aux olives noires et tomates séchées d’Alex. 

    28 janvier

    Au lever du jour, j’aperçois deux poissons volants sautiller très haut par rapport à la surface de l’eau. Aujourd’hui, c’est le jour que j’attendais : je vais enfin faire du papier en mer.

    Le matin je dessine une couverte de tamis papetier en forme d’oiseau, pour faire des feuilles artisanales avec cette forme, créant ainsi des oiseaux-enveloppes. Je reporte cette forme dans une couverture de classeur en plastique. Ensuite je récupère tous les papiers que je collecte depuis le début de la traversée, pour les trier et les déchirer en petits bouts. Vient l’après-midi ensoleillé où je mixe ma pâte et je fais mes premières feuilles. Ce n’est pas 100% de réussite à cause des fibres courtes ou du vent sur les feutres, mais j’arrive à garder la moitié. Par malchance, un coup de vent me propulse sur mon tamis les fesses la première : il faudra donc le réparer avant de reprendre la production. Tant pis, je continue des feuilles un peu plus petites, qui sèchent sur les filières du bateau, et même sur les hublots. Il fait si beau.

    30 janvier

    On n’arrive pas à faire exactement le cap qu’on voudrait, avec les voiles réglées en travers / grand largue et une houle dérangeante, qui nous fait aller soit au sud soit au nord-ouest, donc on alterne entre les deux. La fatigue se fait sentir avec ce génois qui claque, et ce qui devait arriver arriva : une grosse vague de cette houle enquiquinante est rentrée dans notre cabine avant pendant qu’on y faisait une sieste. D’un coup, c’était le bain ! J’en ai bien ri mais il a fallu tout faire sécher, heureusement que maintenant il fait bien chaud. Ce soir, c’est pizza à pâte épaisse à la patate (petite pensée pour Mamie Carmela), topping olives tomates séchées et halloumi pour la mozza, fait par Morgane pour le repas du midi. La pizza est réussie et délicieuse, incroyable qu’on puisse en faire une belle avec le four du bateau. 

    31 janvier

    Dimitri aujourd’hui n’est pas en forme, il a son torticolis qu’il se traîne depuis qu’on est parti.e.s qui a empiré, et donc on le remplace pour ses quarts. Je dévore un livre super sur le voyage et les femmes, de Lucie Azema : Les femmes aussi sont du voyage. Elle parle de l’émancipation des femmes par le voyage, du lien entretenu entre lire et voyager aussi, comme des fenêtres ouvertes sur le monde dans les deux cas. Le livre donne une énergie puissante et une fraîcheur encore renouvelée sur ce voyage. 

    1 février 

    Ce matin, on change l’orientation des voiles avec Dimitri, qui va mieux : on installe le génois et la GV en ciseaux, sauf qu’on met le génois sur tangon, créant un ensemble plus stable, et un meilleur cap sur le Brésil. En le faisant, on trouve un énorme poisson volant échoué à l’avant du bateau. Après pris et repris en photo, on décide de le garder pour servir d’appât pour la pêche à la traîne. Ça me sert le coeur de le voir finir sur le pont, et en même temps je comble un peu la curiosité que j’ai en étudiant avec attention cette sorte de fée des mers.

    2 février 

    On ne se refuse rien en cuisine : avec Morgane on réussit à faire des bubbles tea avec des boules de tapioca et du thé infusé, mais les contenants sont moins chics : on les met dans nos chers vieux verres écocup. Frigo de la transat : un seau d’eau de mer pour refroidir le tout. Il y a des petits nuages aujourd’hui, ça change du soleil aveuglant. Mais chaque jour, on gagne quelques degrés. Et chaque jour, on se jette des seaux d’eau pour se rafraîchir un peu. 

    Autre expérimentation du jour, je mets en pot un kimchi de la mer, avec du chou blanc, carottes et poires : on verra bien dans 4-5 jours son goût, kimchi qui sera d’ailleurs prêt pile pour le moment où on aura plus beaucoup de frais à manger sur le bateau. Le coucher de soleil est éblouissant : on voudrait rester là un peu plus longtemps à le contempler, c’est aussi le tout premier jour où il y a une envie collective de bière. Et bien, nous n’en avons pas.

    3 février

    Ça y est, on a fait un peu plus de la moitié du trajet Mindelo-Belém, la barre des 1000 milles est passée aussi, on est en dessous ! Ce soir Morgane nous fait des aloo paratha, en mode kebab végé de cheffe et de l’houmous maison. 

  • Une semaine à Mindelo, île São Vicente, Cap-Vert

    Une semaine à Mindelo, île São Vicente, Cap-Vert

    20 janvier

    Ça y est, je sors ma tête de l’hublot et les îles sont là. Plus précisément, c’est l’île de São Vicente qui se dresse devant nous. Haute et majestueuse, faite de vagues de pierre qui descendent et remontent, sur une longueur de la taille de tout ce qui rentre par mes yeux. Au centre, il y a un « doigt de troll » dit Dimitri, en référence aux doigts de pierre que l’on avait vu en Islande, il y a quelques années. Le ciel gris s’éclaircit et la ville de Mindelo apparaît, surmontée d’épaves d’abord, et d’une immense marina ensuite.
    On fait un amarrage en pendille un peu particulière, qu’on avait jamais fait. Les pontons grouillent de gens, de navigateurices et de bateaux-stoppeurs. Beaucoup de français.e.s et de breton.ne.s, mais aussi on voit les pavillons anglais, allemand, espagnol, suédois, néerlandais, ….
    On est assez fatigué.e.s mais on doit faire un check-in en trois étapes : marina – policia – immigration. Ça se passe sans encombre et on part en quête de nourriture capverdienne. On découvre le cachoupa, un mélange de haricots et de maïs un peu sec ou en sauce, très nourrissant. Le reste de la journée se transforme en sieste et en balade de la ville. Il fait bon d’entendre le portugais dans les rues colorées (on se croirait à Cuba, dans l’idée que j’en ai), mais je me redis qu’il est fou que cette île sèche n’ait pas été habitée par des êtres humains avant l’arrivée des portugais.e.s et de leur colonisation. J’ai hâte d’en savoir plus. 

    21 janvier

    Réunion d’équipe le matin au café flottant de la marina. Chacun.e a besoin d’un temps calme à terre et visite Mindelo. Avec Dimitri on en profite pour faire des emplettes pour le bateau : mission lumière pour le compas, tube pour le gaz, serre-flex, câble d’élec pour le bateau. C’est fou comme un objet spécifique, même commun, peut être difficile à trouver. 

    22 janvier – 26 janvier

    L’ambiance au port est animée : tous les bateaux et équipages que l’on croise partent en direction du Brésil ou des Antilles, beaucoup sur la côte Est du Brésil d’ailleurs, on est le seul bateau à aller à Belém et sur l’Amazone, bien qu’un équipage voisin de norvégiens (4 gaillards blonds on aurait des 4 jumeaux) ait aussi failli faire le même trajet que nous, mais ils visent une ile brésilienne plus au Sud.
    On visite le Christina II, un voilier classé monument historique à La Rochelle : l’intérieur est fait de courbes et d’acajou, un délice pour les yeux. On visite aussi un autre Sun Fizz de 83 (le nôtre est de 81) qui est aussi de bois vêtu à l’intérieur, pas en Formica blanc comme nous. Il a la coque jaune et blanche et il s’appelle Batukad (ou Batukada ?).

    Une fois sorti.e.s du port, ça y est, les européen.ne.s du port sont dilué.e.s avec les autres habitant.e.s capverdien.ne.s, on entend le portugais dans les rues et on est là à temps pile pour le début du carnaval. C’est inauguré un soir, avec des tambours tonitruants et des danses ventrales. C’est entraînant. 

    En rentrant d’une baignade (et d’une très belle plage), on fait la rencontre de Marc-Antoine, le coup de cœur de notre escale au Cap Vert. Marc Antoine, capverdien, né à Dakar et vivant à Paris, nous entraîne dans les bars clubs dansants de Mindelo. À la retraite depuis un an, il est ici pour l’anniversaire de sa tante et pour lui tenir compagnie (lui cuisiner des yassas et ragoûts). Il est incroyable, il parle à tout le monde et il se retrouve toujours à suivre la musique là où il la trouve. Il joue surtout de la guitare jazz, mais improvise sur ce qu’il trouve ! On réussit à lui faire visiter le bateau avant de partir, et grâce à lui, je nettoie correctement mon harmonica, avec lequel soit dit en passant je n’ai joué que deux fois depuis le début du voyage. (Mais il n’est pas trop tard !)

    Demain ça y est, on partira pour la grande partie de la transatlantique aller : pour deux semaines de navigation non-stop, jusqu’au Brésil.

  • Des Îles Canaries aux îles du Cap Vert

    Des Îles Canaries aux îles du Cap Vert

    Une traversée de 7 jours entre Santa Cruz de Tenerife et Mindelo, sur l’île Sao Vicente au Cap Vert, avec un vent arrière constant et une houle de 2-3 mètres. 890 milles nautiques parcourus.

    13 janvier

    Une journée typique de départ et en même temps un peu folklorique. On se réveille très tôt pour aller chercher du gaz dans une entreprise d’une station essence de Santa Cruz (un gars de cet endroit nous a dit de faire ça hier) mais impossible d’acheter ni de re-remplir notre bouteille de gaz. Pareil pour les bouteilles locales qu’on voudrait acheter en ferreteria, ça ne marche qu’en Espagne, et finalement après moultes recherches de bouteilles camping gaz, détendeurs et câbles on trouve ce qu’on peut et on est prêt.e.s à partir. Les voiles recousues sont rangées ou remises sur le bateau et les courses sont bien rangées : ça y est, on part à midi, avec un arrêt mouillage encore sur Tenerife, pour enlever ce qui a l’air d’être coincé dans l’hélice.

    Après quelques heures de mélange de pluie et grand soleil (avec un arc en ciel immense sur Tenerife), on s’arrête et on jette l’ancre, devant un petit village de maisons blanches et de palmiers. Alex, Morgane et moi plongeons avec des couteaux pour essayer d’enlever ce qui coince l’hélice et crée des vibrations anormales : c’est une corde de plastique enserrée autour de l’arbre d’hélice. On coupe ce qu’on peut mais impossible d’enlever la totalité. Tant pis, on devra partir au cap vert comme ça, et réessayer plus tard. On reprend la route cap 210.  

    14 janvier

    Tout le monde a un peu du mal aujourd’hui, parce qu’on a toustes fait une mauvaise nuit de reprise la veille, le temps de se réhabituer à dormir sous le gré de la houle et de la gîte. Alors on enchaîne les siestes et les temps de veille, et Dimitri nous cuisine des pois chiches et brocolis au gingembre : c’est génial de manger chaud avant son quart : même si ça y est on peut faire les quarts sans bonnets depuis le départ, il fait bon dehors.

    15 janvier

    Je me réveille difficilement pour mon quart de 7h, mais je sais que je vais voir les premières lueurs du soleil. Il y a quelques nuages mais la nuit a été magnifique : c’est la première fois depuis qu’on est parti.e.s qu’on voit la Voie lactée aussi bien. C’est Sirius qui guide le bateau un temps cap 210, vers les îles de Cap vert. Il y a peu de vent en ce début de journée mais il revient vite, avec les dauphins pour me faire un dolphin show incroyable. Tout le monde dort encore et je vois certains dauphins faire des vols planés des pirouettes et des plats sur l’eau (et oui les dauphins en font aussi, volontairement en plus!) autour du bateau, en repassant dessous encore et encore. 

    16 janvier

    Aujourd’hui on a reçu un message satellite de Sébastien, qui travaille pour Météo France. Ça y est, on a le feu vert pour larguer la bouée météo qu’on a stocké dans la cabine d’Anna. La bouée va pouvoir mesurer la température de l’eau pendant de nombreuses années de manière super précise. Alors on prend le temps de dessiner des cétacés et autres merveilles de la traversée sur la bouée, puis le nom de l’école avec qui on est en lien depuis le début du voyage. Il y a trois mètres de houle donc on parvient difficilement à la lancer, mais ça y est, elle et son ancre flottante sont à l’eau. Sur le bateau on cuisine des chapatis et du chatchouka (l’orthographe est à vérifier !) et on chante à tue tête sur l’album de lalaland. À la nuit tombée, on retrouve les étoiles du ciel, Sirius et Orion bien visibles, et les étoiles de la mer, le plancton qui brille de petites lueurs de partout sur l’eau et qui rend l’écume un peu fluorescente. Il y a même de points de lumière qui arrivent quand on tire la chasse d’eau des toilettes. On est toujours au cap 210-220.

    17 janvier

    Les jours et les nuits commencent à se mélanger. Ce qui ne change pas : les planctons visibles au coeur de la nuit, la houle de 3 mètres, le cap 210-220.

    Où sont passés les dauphins et les tortues rouges ?

    Une surprise de taille pendant un de mes quarts de nuit : je vois pour la première fois un poisson volant, et celui me fait sursauter car je le vois très vite, blanc et fulgurant sauter d’un côté à l’autre du bateau, et faire toute sa largeur ! Son saut devait être à 2 mètres de haut, c’est juste incroyable. J’espère pouvoir voir un peu mieux ses ailes la prochaine fois, et en même temps je sais que je vais en croiser pleins quand on sera en train de traverser l’océan Atlantique jusqu’au Brésil, sautillant autour de nous ou retrouvés morts sur le pont au petit matin, ayant essayé d’échapper à une dorade. 

    18 janvier

    La journée commence bien, Dimitri prépare des pancakes pour le petit déjeuner. Aujourd’hui on fait un empannage à midi pour faire un peu cap 260 et mieux se positionner pour la fin : il reste l’équivalent de la Manche à traverser : du pipi de chat quoi ! (Nouvelle expression adoptée par l’équipage)

    Le ciel est toujours clément avec nous, il fait beau, toujours pas de pluie depuis le début de cette traversée, ça nous change. C’est dimanche aujourd’hui et donc on s’autorise d’utiliser le four pour faire griller des aubergines du marché de Tenerife et un bon gâteau chocolat courgettes de Morgane, un délice. On avait peur de pas avoir assez de gaz avec nos péripéties aux Canaries, surtout qu’on a dû sacrifier notre câble de la bouteille française de 6kg de butane pour la nouvelle bouteille camping gaz de 2,8 kg, donc on espère vraiment en retrouver un à Mindelo aux Cap Vert.

    19 janvier

    Dernier jour (et quart) de navigation prévu : on devrait arriver demain matin entre 8h et midi. C’est aussi le jour du bain : je décide de me rafraîchir en me lançant des grands seaux d’eau de mer dessus. C’est si revigorant ! Morgane se laisse aussi tenter. On ne s’est pas renseigné.e.s sur les requins dans la zone et donc on ne tente pas une baignade directe. Bientôt. J’ai déjà lu tellement de livres depuis le début, pareil pour les autres. J’essaierai de faire un article sur ces merveilleuses lectures quand j’aurai internet, de l’électricité pour un ordi et du temps. Pour l’instant je n’ai que le troisième et pourtant j’ai l’impression de ne pas faire grand chose de mes journées. La différence entre mon rythme à terre et en mer est quelque chose qui mettre sûrement longtemps avant de trouver un équilibre, moi qui pensait pourtant m’adapter vite. 

    On mange les derniers avocats. 

  • Santa Cruz de Tenerife, Îles Canaries

    Santa Cruz de Tenerife, Îles Canaries

    Une escale qui fait du bien après une semaine de navigation plus que mouvementée, et des réparations à prévoir avant de repartir.

    7 janvier – 12 janvier

    Les jours sont passés vite à Santa Cruz. Surtout pour une raison : tout le bricolage qu’il y avait à faire pour retaper notre pauvre Sirius malmené par la tempête, et aussi donc des courses de bricolage pour trouver tout ça. Pareil pour le rangement monstre du bateau, il y a beaucoup de choses à nettoyer, vider les fonds de cale, faire le point sur ce qui nous reste à manger. On savoure aussi le fait d’être ici pour goûter des fruits délicieux (mangues, fruits de la passion et avocats surtout), on découvre le super goût et pouvoir du gofio, une farine torréfiée que l’on met de partout : soupe, panure, sauce, chapelure,.. Il y a aussi la délicieuse découverte de l’almogrote : un fromage de chèvre à tartiner avec du piment poivron ail dedans, et en café le barraquito : un café sucré avec du lait concentré et de la cannelle, avec de l’amaretto dedans en plus si on le souhaite. Tout ça nous requinque et on avance doucement sur les réparations en faisant des pauses glace. 

    Je répare les oeillets de la GV, des déchirures sur le spi et des frottements sur le génois. Dimitri remplace plusieurs drisses bien abîmées, répare le pilote automatique (pour la dernière fois, après il sera officiellement HS) et rehausse le safran. On installe des (vraies, cette fois) lignes de vie sur le bateau et on apprend à faire un « œil épissé sur âme pure » sur le cordage pour fixer l’ensemble sur le bateau. Anna, Alex et Morgane font le plein de vivres au mercado de la Señora de Africa, on est prêt.e.s.

    En parallèle, on se balade en dehors de la ville pour randonner au parque rural de Anaga ou pour visiter des musées : notamment le musée du gofio, ou encore la Casa de Los Balcones, une maison traditionnelle en bois de l’île, magnifique. 

  • Des alentours de Porto Santo aux Îles Canaries

    Des alentours de Porto Santo aux Îles Canaries

    Notre navigation de trois jours qui se transforme en neuf jours, la rencontre avec la mouette Oliver, l’installation du spi pour la première fois, et enfin notre arrivée à Tenerife un peu rocambolesque.

    4 janvier 

    Depuis hier soir, ça y est, on a remis les voiles, enfin la voile : le génois, car on laisse la GV au repos du fait des coulisseaux qu’elle a perdu et d’un œillet déchiré. On a retiré l’ancre flottante pour repartir et il s’avère qu’elle a été complètement engloutie par l’eau : il ne reste que ses anses. (Sacrée qualité)

    Pendant toute la dérive on a avancé vers le sud est, ce qui nous rapproche des côtes des Canaries, la prochaine destination. Il est bon d’avancer enfin avec la voile sans trop de vent, on a un bon vent du nord qui nous pousse : enfin les alizés montrent leur chemin. 

    Ce matin on fait la rencontre d’Oliver, une mouette qui essaye de manger le doigt d’Anna quand elle sympathise à la barre. Il reste avec nous un temps, et je vois une famille de dauphins sauter autour du bateau pendant mon dernier quart de la nuit à l’orée du jour. C’est aussi la journée où on installe enfin le spi, la grande voile fine qu’on met à l’avant du bateau quand on a a un vent arrière. Dimitri le déploie et je suis à la barre, c’est jouissif la beauté et la vitesse permise avec cette voile. Le plaisir ne dure pas longtemps car bientôt il fait nuit et un boot lâche à cause d’une fixation censée être solide qui devait remplacer un noeud de chaise sur l’écoute : pas du tout ! Donc on remballe. Après avoir vécu cette tempête, les quarts paraissent tout sages maintenant.

    5 janvier : arrivée ?!

    C’est le jour où on arrive à Tenerife aux Canaries. Enfin, c’est le plan ! On se réjouit par avance dans l’équipage, mais on a quand même tendance à oublier que pour le moment on est manœuvrables qu’avec notre génois et qu’on a plus d’essence pour arriver au port au moteur.

    L’île se dresse enfin devant nous, qu’on confond avec un nuage tout d’abord : non c’est bien une île dans ce ciel de nuages gris. On arrive par le côté nord est de l’est en direction du port de Santa Cruz. Sans moteur, on a prévu de s’amarrer à la voile sur une bouée dans une zone de mouillage. Rien qu’avec le génois on est vite propulsé.e.s à côté de l’île, avec une vitesse de 6-7 noeuds en surfant sur les vagues avec le bateau, puis un peu protégé.e.s sur les côtes on sera plus autour des 3 noeuds. Progressivement, avec nos lampes frontales car il fait maintenant nuit, on guette les bouées proches de la ville. La ville de Santa Cruz de Tenerife paraît supra lumineuse.

    Après un long temps d’avancée lente : on se rend compte que les bouées ne sont pas là, et on cherche à mettre l’ancre, mais sans succès : soit pas assez de fond soit le sol ne convient pas. Alors on décide d’installer le moteur de l’annexe sur Sirius, mais cela ne fonctionne pas pour nous faire avance., le moteur sort de l’eau et est inefficace. Il ne peut pas nous emmener au port. Deuxième idée : on gonfle l’annexe en se disant qu’elle peut tracter le bateau vers le port : on se dit vite que c’est une mauvaise idée ce sera trop dangereux, comme si on avait une remorque de 12m sur l’eau. Alors on décide d’une autre voie: partir à deux sur l’annexe chercher du gasoil à la ville pendant que les trois autres restent au bateau pendant qu’il dérive et remettent la voile si besoin.

    Après une mise à l’eau sportive de l’annexe, Dimitri et moi partons avec notre bidon, un peu inquiets de laisser le bateau à la dérive. On trace vers une station de Tenerife qui a l’air accessible si on vient par l’eau, car évidemment la station essence du port n’est pas ouverte. On met 20 minutes à atteindre le club nautique, les 20 minutes les plus longues depuis le début du voyage. On s’amarre enfin au club nautique de Tenerife, et on sort déterminé.e.s avec nos tenues de navigation et gilets de sauvetage, en direction de la ville. Quel look! Mais ce serait trop beau, et on se rend compte que c’est une marina privée et qu’on ne peut pas atteindre la rue depuis ce lieu. On manque de glisser dans la piscine olympique qu’il y a dans ce lieu. Aucun accès n’est possible. On reprend donc l’annexe dépité.e.s et je vois sur la carte un barrica, un ravin où peut être on peut passer, s’amarrer et rejoindre la ville. Le moteur ne démarre plus du coup on y va à la rame, en reportant ce problème à quand on aurait de l’essence.

    Arrivé.e.s au ravin, aucun amarrage possible, et donc pendant que je me tiens à un caillou depuis l’annexe, Dimitri va escalader un muret et un autel pour rejoindre la station essence. On devient des pirates qui paient leur gasoil, où va le monde. Avec notre précieux butin, on essaie maintenant de redémarrer le moteur. Magie, après de longues minutes d’inquiétude il se remet en marche. Youhou! Cap sur Sirius à la dérive. Alexandre nous envoie la position : iels sont à 4,6 kilomètres de nous. On espère que le moteur tiendra car on est trop loin et il y a assez de houle pour que ce soit impossible à la rame.

    On voit la lumière du mât de loin, et progressivement des petites lumières rouges supplémentaires : nos mousses ! L’approche est compliquée mais on arrive enfin à s’accrocher au bateau et retourner à bord. Il est maintenant 4h30 du matin. Tout le monde est si heureux quand le moteur de Sirius démarre enfin. Cap sur le port de Santa Cruz, où on s’amarre fatigué.e.s un peu plus tard sans encombre. Ça y est on touche terre. On dégonfle l’annexe en la laissant étalée là puis on s’enfile une tartine réconfortante de chocolat. Il est 7h, on peut aller faire dodo. 

  • « T’as voulu voir Madère, on a vu Francis, comme sous-vent »

    « T’as voulu voir Madère, on a vu Francis, comme sous-vent »

    Du 31 décembre au 3 janvier, un passage vers la nouvelle année en compagnie de la tempête Francis, ou comment nous ne nous sommes jamais arrêté.e.s à Madère.

    Ça y est c’est le jour où on sait que le vent va forcir à Madère : la dépression y est prévue pour 17h. Il est 10h et il reste encore 125 milles nautiques pour arriver. Autant dire qu’on va essuyer cette tempête comme on le peut : les conditions ne nous ont pas permis d’avancer comme prévu sur ces 2 derniers jours.

    Quelle nuit. On s’en souviendra de ce passage à la nouvelle année. C’est un flou depuis cette nuit là, où tout a commencé à  bouger et souffler de plus en plus fort. La dépression arrive plus tôt que prévu, et nous on progresse plus lentement. On partait initialement pour 4h de mauvais temps, mais c’est devenu 24h, puis ça a duré encore plus : voici l’histoire de la tempête infini du nouvel an :

    Proches des côtes, il ne restait plus qu’environ 40 milles nautiques de l’île de Porto Santo, on a pris 2 dépressions autour de l’île, la première qui a commencé le 31 décembre vers 17h, puis une seconde qui va nous bloquer jusqu’au 3 janvier 2026. La nuit du 31, ça allait encore mais le vent a forci chaque jour et nuit un peu plus fort à partir de ce moment là. La nuit d’après, déjà lessivé.e.s de la première nuit, Dimitri enregistre des rafales à 45 noeuds de vent. Non seulement des grains nous coulent dessus, mais on voit en plus en plein milieu de mon quart des flashs blancs au loin : un orage. Même la pleine lune ne nous aide pas cette nuit là, le ciel est noir, et la seule lumière vient d’un seul endroit où on ne veut pas la voir en mer : d’un éclair. J’essaie de ne toucher aucune partie métallique du bateau (heureusement le pilote est réparé suite à l’interaction avec les orques), mais c’est sans compter mon gilet de sauvetage qui m’accroche au bateau avec un crochet de métal. Il serait plus facile de tomber du bateau avec une bourrasque donc je préfère quand même m’accrocher. Heureusement, les éclairs s’éloignent, mais le bateau n’est que chaos, et nous que fatigue, d’être cogné.e.s dans tous les coins à chaque vague. Avec Morgane on tente de cuisiner une purée et remonter le moral de l’équipe. Personne n’a le mal de mer et tout le monde reste vaillant, c’est précieux.

    Pourtant le jour revenant, on en mène pas large, le vent continue encore de forcir et ce sont les coulisseaux de la GV qui se cassent, les uns après les autres, jusqu’à que la GV ne tenant plus que par la drisse, abîme la drisse elle même : et donc plus de GV fonctionnelle. Le génois à l’avant est le plus petit des deux qu’on a installé pour le gros vent, et donc on ne fait plus de vitesse. Jusqu’au 2 Janvier au matin, on pensait qu’on allait y arriver sur cette île. On a grappillé quelques milles avec les deux voiles, puis avec une, puis avec le moteur : mais le moteur avait déjà servi pour franchir 30h de pétole, et donc nous sommes arrivé.e.s à court de gasoil. Bien qu’il ne restait plus que 12 milles nautiques (en route directe), on se rend compte qu’on n’arrivera pas sur l’île par nous même, car le vent refuse de nous emmener dans la direction de cette île mystérieuse qu’est Porto Santo, et la mer est déchainée. On la voit fantomatique au loin, haute perchée, et on imagine tour à tour ce qu’on aimerait y voir. Un kebab et un café pour Anna, une douche, un sèche-linge et un bar pour Dimitri, ou encore pour Morgane une île fleurie. Mais il faut se résigner, le courant nous déporte, on a plus de grand voile, plus de moteur : on décide donc d’appeler les gardes cotes locaux, pour demander un remorquage jusqu’à l’île.

    Après une heure d’appels VHF grésillants et d’appels téléphoniques avec le seul tel qui fonctionne de notre côté (merci le vieil iphone de Morgane) : ils nous expliquent qu’ils n’ont pas moyen de nous aider à nous remorquer aussi loin, et qu’on doit se rapprocher pour être pris en charge par la marina. A moins de 2 milles des côtes, ils ne peuvent rien pour nous. Mais qu’il ne faut pas hésiter à les appeler si on a besoin d’aide dans la nuit… La blague, puisqu’ils ne peuvent rien pour nous. D’abord déçu.e.s de cette réponse, on décide de réparer la GV du mieux qu’on peut pour remettre des coulisseaux et tenter de remonter tant bien que mal le vent qui nous empêche d’approcher, en vain, et Dimitri tranche : tant pis, alors on va aller jusqu’aux Canaries en direct. Et pour la nuit, puisqu’il est annoncé 30-40 noeuds de vent, on enroule la GV pour la protéger et on va laisser le bateau dériver avec l’ancre flottante. On installe tout le barda, et épuisé.e.s on mange des pâtes et tout le monde va au lit pour une nuit réparatrice, bien que bercée par le fracas des vagues sur la coque. 

  • Le calme avant la tempête : De Cascais à Madère ?

    Le calme avant la tempête : De Cascais à Madère ?

    28 décembre

    La veille, on a décidé qu’on tenterait le coup : pour aller à Madère, en 4 jours de navigation, avec 3 jours bien (dont 1 en pétole, donc 2 en fait), et le dernier qui peut finir en grosse dépression si on est pas assez rapides pour arriver. C’est un pari risqué, on a beaucoup hésité à Lisbonne en vérifiant les données météo toutes les heures. La dépression sur Madère est formelle, elle viendra, pour le passage vers la nouvelle année. Sacrée manière de rentrer dans 2026. 

    Et donc en ce matin du 28 décembre, un dimanche, on part sous le ciel bleu, et Lisbonne s’éloigne de nous. Ça y est, on quitte le continent européen, comme les grands gréements d’exploration (et de colonisation!) avant nous. La première journée se passe sans encombre, une petite houle, du vent, on arrive pas à tenir le cap 225 degrés à cause de la houle donc on oscille autour. Vient la première nuit de veillée, la première où on utilise le pilote automatique quand le vent tombe dans la nuit.

    29 décembre – Pétole

    C’est le jour de la pétole ultime. Zéro vent, pas une brise sur l’eau. Une mer d’huile, de reflet miroir des nuages qui passent et du soleil éclatant. Gare aux insolations, et toutes les joues de l’équipage ont pris des couleurs. C’est le jour où on mange des plats qui demandent du temps et un calme  de la mer : des courges et betteraves dorées longuement au four avec une sauce au citron et aux épices, et des strombolis le soir, croustillants et gourmands, avec leur dose de beurre ailé.

    Dans l’eau miroir, on voit passer des tortues, une à une, jamais en groupe, qui se hissent à la surface et semblent faire la planche pour savourer le soleil. 

    30 décembre

    Il pleut un peu la nuit et en ce début de journée, mais rien de bien grave. Le vent est revenu, et la nuit a aussi laissé un calamar sur le pont, qui a sauté sur le bateau pour se protéger d’un prédateur peut être. Son œil est d’un bleu lapis-lazuli incroyable. Son corps est très caoutchouteux et il est gris clair parsemé de petits points plus sombres. Alex décide de l’utiliser comme appât pour pêcher car il est déjà mort. Mais la pêche sera infructueuse, ce qui n’empêche pas des oiseaux de tourner autour de nous le temps de la pêche. Le vent fort du matin devient plus doux l’après midi, et à force de chanter à tue tête le midi, le soleil pointe son nez dans l’après-midi. Comme on fait des quarts d’une heure en solo, tout le monde dort plus et on est plus reposé.e.s. Tant mieux car il va nous falloir de l’énergie pour la fin.

  • Noël à Cascais (Lisbonne)

    Noël à Cascais (Lisbonne)

    Fêter notre 25 décembre avec le vin offert par les ami.e.s et les cadeaux qu’on avait glissé sous la cale !

    25 décembre

    Noël à Cascais : on a pris le temps de se lever tard et de manger la suite du repas de réveillon de la veille : un second round de lasagnes. C’est aussi le jour du petit dej aux pasteis de nata, de dessiner des fous de Bassan ou des orques, et exorciser ce qui aurait pu arriver en mer. Il y a le safran à vérifier maintenant qu’on est au port, notamment des fixations qui ont pris un bon coup. C’est aussi le jour de la lessive et des douches qui font beaucoup de bien à tout le monde ! On ouvre les cadeaux laissés par les ami.e.s à notre départ et on se sent chanceux.ses.

    26 décembre

    Grand soleil. Jour de réparation du génois pour renforcer un endroit qui a trop frotté, mais aussi de petites choses sur le bateau, refixer les chandelles, préparer correctement les tangons, etc. Après tout ça on finit même par pique-niquer dehors et pour la première fois on a pas froid, il fait bon. On sent qu’on est au sud. On part pour Lisbonne en train à l’heure du goûter et on achète plein de crayons de couleur une fois là bas, on dessine sur les carreaux blancs de Lisbonne et on s’arrête pour regoûter une réconfortante caldo verde.

    27 décembre

    Lisbonne sous la pluie et le froid. Toujours pas de fenêtre météo pour aujourd’hui et rien ne s’annonce en direct pour les Canaries. Du coup, cap sur le musée ethnologique de Lisbonne, pour son expo sur la colonisation portugaise et la décolonisation des imaginaires. Pendant ce temps Dimitri tente de réparer le pilote automatique. Retour pluvieux, et donc on se met à cuisiner des galettes dans le bateau : ça sent divinement bon.

  • Naviguer en Galice : de Viveiro à Muxia

    Naviguer en Galice : de Viveiro à Muxia

    Arriver à Viveiro, puis à la Corogne, et enfin à Muxia : dans une des rias galiciennes.

    Jour 9 – Une journée à Viveiro

    La matinée était inexistante. Que du sommeil lourd dans nos cabines, ah que c’est bon de dormir à terre après plusieurs jours de quarts, de réveils toutes les deux heures, de repas mangés vite. On part en balade dans la ville et on voit une crèche immense dans le quartier historique, une crèche si grande qu’il y a aussi le marché, la maison traditionnelle, toutes les activités d’un village espagnol pendant la période de Noël. Tout est fait de vieux mannequins de magasins et de mousse expansive. Impressionnant et creepy à la fois. Il faut finir le munster au bateau, ça commence à être prenant au nez quand on met la tête dans le « frigo ». Alex a la douce idée de faire des gnocchis avec le reste de munster, et donc on roule des centaines de boules de patates à la fourchette. Un délice ce plat.

    Jour 10 – direction la côte ouest espagnole 

    Aujourd’hui réveil de bonne heure et cap sur La Corogne, une grande ville de Galice, pour s’abriter d’une dépression à venir, une des dernières qui nous embêtera je pense, et aussi pour trouver un magasin de pièces de bateau et enfin faire fonctionner le pilote automatique. La côte qui s’éloigne est magnifique, orange rouge rouille des fougères, le vert sombre des pins, la roche noire grise des falaises montagnes. Ici la montagne tombe dans la mer. On va caboter au bord de ces côtes, et tenir son cap est ici tumultueux mais agréable à faire. Il est plus difficile de cuire les gnocchis au four pour un deuxième round, et je me retrouve couverte de sauce munster, chic ! Tout est chaos dans le bateau car beaucoup de choses sont tombées à la gîte, on rangera plus tard. Les patates douces coupées ressemblent à des morceaux d’ardoise, et la preuve est qu’ils sont craquants à la sortie du four. Dur de couper sur le pont. 

    On rencontre pendant des heures durant des dauphins qui s’aventurent sous notre bateau et font des ronds des sauts, encore et encore. Des petits, des grands, plein de dauphins communs, en bande. C’est merveilleux. On alterne entre grains et soleil, et on arrive enfin à la Corogne dans la soirée, exténué.e.s de la journée. Un empenadas et au lit. 

    Jour 11 & 12 – La Corogne

    Il y a une tempête prévue ici à la Corogne, et donc on y reste un peu. C’est même difficile de faire des travaux pour le bateau, car il y a tellement de vent et de pluie. Même nos pare-battes ne tiennent plus le coup ; dégâts de tempête : une amarre sciée, deux pare-battes éclatés et un à l’eau (récupéré). Plus que 4 pare-battes opérationnels. On savoure ce moment pour se faire des bonnes choses à cuisiner, et aussi à goûter : la cuisine de Galice est délicieuse. On goûte à la soupe galicienne (un caldo), aux fruits de mer (couteaux, saint-jacques, etc), empanadas, churros con chocolate, tortillas et beaucoup d’autres merveilles.

    Jour 13 – Départ pour la côte ouest : Muxia

    On prend le départ de la Corogne au petit matin, même si on est toujours en retard d’une heure en général. Dimitri a estimé un temps variable pour y arriver, car à cause de la tempête précédente, il y a beaucoup de houle dès qu’on sort du port : environ 5 mètres de colonnes d’eau à enjamber avec le bateau. Donc on peut autant faire 3 noeuds de vitesse que 5 : autant dire qu’on arriverait soit à 3h du matin soit à 20h, ce qui fait une sacrée différence. Finalement, ce fut la meilleure option, la navigation fut très bonne et on a pu surfer sur les vagues avec Sirius. Il fait toujours froid donc on attend impatiemment la chaleur des Canaries, et la fin des jours courts. Bientôt, on passera enfin le dernier jour le plus court de l’année. On est le 19 décembre.

    Jour 14 & 15 – Muxia

    Muxia est un petit port galicien assez mignon, avec 4000 habitant.e.s. Evidemment tout le monde nous regarde quand on rentre acheter des salsa verde en épicerie ou qu’on commande des pimientos verde au bar, avec encore la fameuse Estrella Galicia ou la Mahou, les bières locales. Avec Morgane on va crapahuter et se balader du côté de l’église de Santa Maria de la Barca, avec ses trois pierres magiques. A cause de la pluie et du vent on parvient à aller voir juste l’une d’entre elles, la pierre d’Acabar, sensée osciller magiquement : symbole de bonne augure pour les marins qui partaient le lendemain. Elle peut aussi ne pas osciller, et elle ne l’a pas fait pour nous, d’ailleurs étrangement nous ne sommes pas parti.e.s le lendemain. Hasard ? Je ne crois pas :).