Notre navigation de trois jours qui se transforme en neuf jours, la rencontre avec la mouette Oliver, l’installation du spi pour la première fois, et enfin notre arrivée à Tenerife un peu rocambolesque.
4 janvier
Depuis hier soir, ça y est, on a remis les voiles, enfin la voile : le génois, car on laisse la GV au repos du fait des coulisseaux qu’elle a perdu et d’un œillet déchiré. On a retiré l’ancre flottante pour repartir et il s’avère qu’elle a été complètement engloutie par l’eau : il ne reste que ses anses. (Sacrée qualité)
Pendant toute la dérive on a avancé vers le sud est, ce qui nous rapproche des côtes des Canaries, la prochaine destination. Il est bon d’avancer enfin avec la voile sans trop de vent, on a un bon vent du nord qui nous pousse : enfin les alizés montrent leur chemin.
Ce matin on fait la rencontre d’Oliver, une mouette qui essaye de manger le doigt d’Anna quand elle sympathise à la barre. Il reste avec nous un temps, et je vois une famille de dauphins sauter autour du bateau pendant mon dernier quart de la nuit à l’orée du jour. C’est aussi la journée où on installe enfin le spi, la grande voile fine qu’on met à l’avant du bateau quand on a a un vent arrière. Dimitri le déploie et je suis à la barre, c’est jouissif la beauté et la vitesse permise avec cette voile. Le plaisir ne dure pas longtemps car bientôt il fait nuit et un boot lâche à cause d’une fixation censée être solide qui devait remplacer un noeud de chaise sur l’écoute : pas du tout ! Donc on remballe. Après avoir vécu cette tempête, les quarts paraissent tout sages maintenant.
5 janvier : arrivée ?!
C’est le jour où on arrive à Tenerife aux Canaries. Enfin, c’est le plan ! On se réjouit par avance dans l’équipage, mais on a quand même tendance à oublier que pour le moment on est manœuvrables qu’avec notre génois et qu’on a plus d’essence pour arriver au port au moteur.
L’île se dresse enfin devant nous, qu’on confond avec un nuage tout d’abord : non c’est bien une île dans ce ciel de nuages gris. On arrive par le côté nord est de l’est en direction du port de Santa Cruz. Sans moteur, on a prévu de s’amarrer à la voile sur une bouée dans une zone de mouillage. Rien qu’avec le génois on est vite propulsé.e.s à côté de l’île, avec une vitesse de 6-7 noeuds en surfant sur les vagues avec le bateau, puis un peu protégé.e.s sur les côtes on sera plus autour des 3 noeuds. Progressivement, avec nos lampes frontales car il fait maintenant nuit, on guette les bouées proches de la ville. La ville de Santa Cruz de Tenerife paraît supra lumineuse.
Après un long temps d’avancée lente : on se rend compte que les bouées ne sont pas là, et on cherche à mettre l’ancre, mais sans succès : soit pas assez de fond soit le sol ne convient pas. Alors on décide d’installer le moteur de l’annexe sur Sirius, mais cela ne fonctionne pas pour nous faire avance., le moteur sort de l’eau et est inefficace. Il ne peut pas nous emmener au port. Deuxième idée : on gonfle l’annexe en se disant qu’elle peut tracter le bateau vers le port : on se dit vite que c’est une mauvaise idée ce sera trop dangereux, comme si on avait une remorque de 12m sur l’eau. Alors on décide d’une autre voie: partir à deux sur l’annexe chercher du gasoil à la ville pendant que les trois autres restent au bateau pendant qu’il dérive et remettent la voile si besoin.
Après une mise à l’eau sportive de l’annexe, Dimitri et moi partons avec notre bidon, un peu inquiets de laisser le bateau à la dérive. On trace vers une station de Tenerife qui a l’air accessible si on vient par l’eau, car évidemment la station essence du port n’est pas ouverte. On met 20 minutes à atteindre le club nautique, les 20 minutes les plus longues depuis le début du voyage. On s’amarre enfin au club nautique de Tenerife, et on sort déterminé.e.s avec nos tenues de navigation et gilets de sauvetage, en direction de la ville. Quel look! Mais ce serait trop beau, et on se rend compte que c’est une marina privée et qu’on ne peut pas atteindre la rue depuis ce lieu. On manque de glisser dans la piscine olympique qu’il y a dans ce lieu. Aucun accès n’est possible. On reprend donc l’annexe dépité.e.s et je vois sur la carte un barrica, un ravin où peut être on peut passer, s’amarrer et rejoindre la ville. Le moteur ne démarre plus du coup on y va à la rame, en reportant ce problème à quand on aurait de l’essence.
Arrivé.e.s au ravin, aucun amarrage possible, et donc pendant que je me tiens à un caillou depuis l’annexe, Dimitri va escalader un muret et un autel pour rejoindre la station essence. On devient des pirates qui paient leur gasoil, où va le monde. Avec notre précieux butin, on essaie maintenant de redémarrer le moteur. Magie, après de longues minutes d’inquiétude il se remet en marche. Youhou! Cap sur Sirius à la dérive. Alexandre nous envoie la position : iels sont à 4,6 kilomètres de nous. On espère que le moteur tiendra car on est trop loin et il y a assez de houle pour que ce soit impossible à la rame.
On voit la lumière du mât de loin, et progressivement des petites lumières rouges supplémentaires : nos mousses ! L’approche est compliquée mais on arrive enfin à s’accrocher au bateau et retourner à bord. Il est maintenant 4h30 du matin. Tout le monde est si heureux quand le moteur de Sirius démarre enfin. Cap sur le port de Santa Cruz, où on s’amarre fatigué.e.s un peu plus tard sans encombre. Ça y est on touche terre. On dégonfle l’annexe en la laissant étalée là puis on s’enfile une tartine réconfortante de chocolat. Il est 7h, on peut aller faire dodo.





































































