Transatlantique retour, partie 1 : Martinique > Açores

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21 jours estimés, 25 jours finalement : un départ qui remue les boyaux, une traversée très nord pour éviter les pétoles, une arrivée avec les cachalots.. Dure la transat retour ? Que nenni !

Jour 1
Départ un peu tardif, entre 13 et 14h le temps de ranger et visser les derniers éléments du bateau.
La Martinique s’éloigne vite à l’horizon, je ne pensais pas que ce serait si rapide de partir d’un endroit où on est presque resté.e.s deux mois. Les vagues sont houleuses à la sortie de l’île, c’est un bon moyen de tester le bateau avec son nouveau mât. Ça gîte beaucoup, on a pris deux ris et le génois est encore bien roulé de moitié. De ce fait, tout le monde commence à avoir bien le mal de mer, sauf moi. Le pire est pour Juliette, qui n’arrivera ensuite plus à manger et à être assise et debout. On prend beaucoup d’eau et de sel sur nous, mais il y a une ambiance de soulagement et de joie, on est parti.e.s au grand large direction les Açores ça y est. Le coucher de soleil est très beau et la nuit arrive vite, et durera longtemps, car nous oscillons les quarts à 2 et 3 personnes. Le plancton est là.

Jour 2
J’ai rêvé de l’océan, sur l’eau, dans mes petites siestes. La journée est plus calme aujourd’hui, moins de houle et moins de vent, ça fait du bien. On peut de nouveau mieux s’entendre pour parler, même si ça reste une allure au près. Je retrouve les nuages particuliers à l’Atlantique, en ribambelle de nuages longs qui se suivent aux formes de petits et grands oiseaux poissons souris, et aussi bien sûr, les sargasses. Niveau animal marin, pas grand chose, quelques oiseaux au loin qui partent à la pêche. Tout le monde s’est remis du mal de mer sauf Juliette, mais ça y est elle a de nouveau mangé un bout (vive les patates).

Jour 3

Juliette se remet petit à petit. J’ai fait mon premier seau de mer de la traversée, c’est fou ce que ça fait du bien. J’aimerai me baigner mais pour l’instant on va trop vite pour ça. On a perdu un seau le premier jour donc on va essayer de pas perdre celui là, techniquement le dernier. On commence à renommer les oiseaux Mich-mich et Olliver suivant leur couleur, et on ne croise pas d’autres animaux marins. On file tellement bien sur l’eau avec presque aucune houle, c’est très agréable. On se demande où se trouve la pétole de Marek, lui qui n’est pas trop loin de nous.

Jour 4
Moins de vent et pas de pilote depuis hier soir : la fixation du vérin s’est encore décrochée. Il faudra barrer jusqu’à réparation, que Dimitri espère faire en mer. A part ça tout le monde va bien maintenant et s’est amariné. On chante et joue à la scopa et aux mots fléchés : je sens que la torpeur des débuts de grandes traversées est en train de doucement s’estomper, pour considérer un peu plus le bateau comme notre maison flottante, où l’on peut se déplacer aisément et faire ce que l’on souhaite. JC, notre routeur officiel, nous conseille d’aller vers le sud pour la suite. Mais Dimitri a l’intuition qu’il faut rester au nord, et donc on ne va pas suivre le routage aujourd’hui.

Jour 5
La mer est calme. On avance toujours mais c’est doux maintenant. Le baromètre augmente légèrement, il est à 1015. La pétole n’est sûrement pas très loin. Le rythme de siestes et de repas longs s’établit sur le bateau, devant l’eau lapis lazuli, on prend le temps de lire de jouer et de ne rien faire. On met toutes les voiles en grand. On place aussi un tendeur en guise de pilote et sinon il faut barrer. La nuit, les étoiles sont saisissantes : C’est aujourd’hui la nouvelle lune, et le ciel est parcouru d’étoiles filantes.

Jour 6
Peut être qu’on se rapproche de plus en plus de la pétole. On n’y est toujours pas, mais on a des nouvelles de Marek plus au nord ouest qui est en plein dedans. L’eau a une couleur plus chatoyante qu’hier encore, comment est-ce possible qu’un tel bleu existe ? J’ai l’impression de voir un drap tendu de pastel sur un drap d’indigo, tout un décor posé pour nous. Aucun cargo aucun élément ne vient perturber la mer et ses quelques sargasses.
Et puis, le début d’après-midi signe le début de la vraie pétole. On savoure le moment pour se baigner, cuisiner longuement et jouer aux cartes. Dans l’eau, il n’y a que de la sargasse, on ne voit aucun poisson. Le fond est à 5000 mètres à cet endroit, et la couleur de l’eau est complètement grisante comme le dit Jason. Mais il faut penser à repartir, et donc on décide de mettre le moteur un petit peu pour sortir rapidement de la zone pétolesque. Dimitri répare la fixation du pilote automatique. On pourra l’utiliser ce soir.

Jour 7
Pétole toujours. Moteur aussi. La mer est brillante comme une huile, une légère houle la fait seulement respirer de temps en temps.
On cuisine des pancakes à la banane, puis des beignets à la banane plantain : le message est clair il faut finir toutes les bananes aujourd’hui, elles commencent à ne plus ressembler à grand chose.
Le temps file vite dans ce rythme tout doux mais un peu bruyant du moteur. On aurait envie de n’entendre que le clapotis de l’eau sur la coque et l’absence de vent, comme la veille pendant le temps baignade. Mais il faut avancer vers le nord, sortir de la zone pétole ou en tout cas se placer un peu mieux pour attendre la sortie. On n’a que 180 litres de gazoil en tout, l’équivalent de 3 jours entiers au maximum, et il en faut aussi à la fin pour arriver sur Horta. Cela fait une semaine qu’on est en mer. J’ai perdu ma brosse dans l’eau, je la laisse aux sirènes.

Phénomène inexpliqué dans la nuit : un grand rayon lumineux fin en haut et large en bas, que j’ai remarqué au début de mon quart et prenant 1 tiers du ciel en longueur et s’estompant progressivement entre minuit et minuit dix. Au début la forme ressemblait à un passage dans un tronc d’arbre ou une grande porte : il y avait deux tronçons lumineux qui se rejoignaient en haut, et le milieu de l’ouverture vraiment très sombre. C’était clair mais plutôt sans couleur, et la base comportait un nuage gris qui semblait cacher le début de la manifestation lumineuse. Il s’est maintenant estompé totalement, mais qu’est ce que c’est ?

Jour 8
Il y a tant et tant d’étoiles filantes dans la nuit, tant que je n’ai pas assez de vœux à formuler. La journée, c’est le silence de nouveau avec l’arrêt du moteur et la reprise du vent. Cela ne dure pas, vers 16h, nous remettrons le moteur encore un peu. Les variations sur l’eau sont changeantes, légère brise, rien, brise, on alterne entre 3 et 5 noeuds. Après une grève complète du vent, un indice de pression à 1023 bar, on sait qu’on est bien dans l’anticyclone et que pour continuer, il faut remettre un peu de moteur ou se laisser dériver. On aurait envie de choisir la deuxième, mais les impératifs de juillet nous font choisir le moteur. Leçon, ne jamais avoir quelque chose de prévu après un long voyage en bateau, même si pour nous c’est le démâtage qui a fait qu’on a tout décalé à plus tard. Même si ce « plus tard » est un peu juste !
Aujourd’hui on est régalé.e.s d’actions, de vies, on croise deux cargos, dont un avec un accent russe à qui on demande des données météo à la VHF et qui nous explique de manière assez blasée qu’il va aller en Colombie puis Panama Pérou Chili et même Japon. Et que la météo est parfaite pour lui maintenant et ces prochains jours. Tu m’étonnes ! Il nous indique aussi la position d’une dépression au nord. Elle est bien loin de nous actuellement. On croise aussi des dauphins enfin, plusieurs fois, dont une magnifique au coucher du soleil. On les voit de loin avec cette eau incroyablement limpide. Ils sautent un peu mais restent à distance du bateau principalement. Et c’est la nuit que vient le plus beau, des vagues étincelantes de plancton luminescent qui émergent des mouvements du bateau. Et l’eau est tellement calme que le reflet des étoiles est sur toute la mer et se mêle aux étoiles des planctons. Un deuxième ciel étoilé plus étoffé encore. Je passe le quart à les regarder et écouter la voix douce de Daphné Kritharas qui chante.

Jour 9
On bombarde aujourd’hui, ça y est on a pas mal de vent et on fait de la vitesse. Le bateau gîte de l’autre côté aussi maintenant, côté tribord.
La journée file à une de ces vitesses ! Aujourd’hui on réussit en fin de journée pêcher une dorade coriphène et à la cuisiner en ceviche et à la poêle marinée.

Jour 10
On continue dans la vitesse, toujours cap au nord, direction le 33ème degré. Les Açores c’est au 38. On essaie d’éviter l’anticyclone qui remonte lui aussi, pour continuer à avoir du bon vent.

Jour 11
Toujours cap au nord. On atteint 33 ce soir mais finalement on montera jusqu’à 35. Le pilote tient bien, les quarts passent vite et tout le monde lit beaucoup sur le bateau.
Durant la nuit nous avons repris un rls car le vent a forci. Il y a maintenant trois ris dans la GV.

Jour 12
Ça y est on est à la moitié du chemin, c’est aussi aujourd’hui le solstice d’été et la fête de la musique. Ce soir, normalement on devrait enfin faire cap à l’est, après avoir évité au maximum d’être dans l’anticyclone. L’ambiance est au chill comme chaque jour, prendre un bain au seau d’eau de mer, lire un bon livre, cuisiner (expérimenter) des plats divers et variés, danser, barrer, jouer à la coinche, etc.. Ce soir on va même faire des burgers pour fêter le solstice et ce jour charnière de manière générale. Aujourd’hui on a pas arrêté de croiser des galères portugaises sur la mer, on dirait des bouteilles en plastique qui flottent, ou bien des pièces de verre. Moitessier appelait ça des argonautes, d’après Jason qui lit La longue route en ce moment. Et que de cargos croisés entre cette nuit et aujourd’hui !

Jour 13
Nous faisons cap à l’est, enfin, depuis minuit. Le cap n’est pas parfait et nécessitera quelques réglages, car la houle nous empêche de faire un est un peu nord. Les nuits se rafraîchissent franchement et les journées sont un petit peu moins chaudes. La température de l’eau est maintenant bien froide, même si toujours agréable pour se rafraîchir de ce soleil de plomb. Il n’y a eu presque aucune pluie depuis le départ, à part un peu de bruine non notable.

Jour 14
Ce matin pour mon quart, je croise un objet inattendu sur l’eau, une pantoufle. En plastique, orange et marron, à la dérive. J’essaie d’imaginer à qui appartient cette unique chaussure au grand pied, quel est l’humain et l’histoire derrière. Il y avait eu un plat à gratins l’autre jour, ou encore des débris de plastique. Quelle est la vie de tous ces objets ?
Concernant la navigation, c’est doucement le retour de la pétole. Alors, quand la mer se fait d’huile, on remet le moteur pour la dernière fois, après il ne restera que les réserves d’urgence. Á minuit, on coupe le moteur et on se laisse partir à la dérive, en attendant le vent. Il ne viendra pas de toute la nuit. C’est fou comme l’anticyclone nous suit, alors qu’on est déjà pourtant au 36ème degré (les Açores sont au 38ème). Pour cette énième pétole, on savoure le calme pour cuisiner des pains délicieux avec Juliette, et ce soir je fais des pâtes à la crème de butternut : c’est le plat le plus réconfortant du monde.

Jour 15
Tu as déjà vu un oiseau assis sur ses fesses ? Moi oui, à l’instant, pour la première fois. Il est vite reparti. Il y a deux heures, il y avait aussi une ribambelle de méduses sous le bateau, suivant le courant.
Aujourd’hui nous avons installé le spi, avec deux noeuds de vitesse au début, et maintenant plutôt presque 4. La navigation est tellement agréable sous spi, qu’on a laissé même la nuit sous l’éclat de la lune. Dimitri a voulu installer le nouveau spi qu’on a eu pour presque rien au chantier du Marin en Martinique. Il est vert, plus petit que l’autre qu’on a, dans un très bon état. C’est pour moi la voile la plus fascinante à mettre sur un bateau, avec son plissé différent à chaque mouvement. On croise des dauphins pas très curieux qui repartent très vite, et toujours des objets à la dérive : une salière, un jerricane,… On s’est rebaigné.e.s aussi, avec nos 5000 mètres de fond, en faisant attention de ne pas tomber sur une dangereuse et envoûtante galère portugaise, pas rare ici. Elle ressemble vraiment à un grand gyoza à la farine de patate douce.

Jour 16
Aujourd’hui le spi, ça dépote carrément. A partir de 11h, on a commencé à faire du 5, puis 6,7,8 noeuds de moyenne. Cette belle voile nous porte bien vers le nord est, ce qui est inouï avant l’énième pétole que JC notre routeur nous a communiqué ce matin. C’est pour bientôt mais pour l’instant on avance, même s’il faudrait faire encore plus nord pour sortir vraiment du calme plat de l’anticyclone. Je ne sais pas comment il fait il nous rattrape à chaque fois. Toutefois, c’est idyllique (bien qu’inattendu en transat retour) de naviguer sous spi donc on ne se plaint pas. Les temps de lecture, de cuisine et de dessin sont doux.
On s’est rendu.e.s compte aujourd’hui qu’on avait toujours nos colocs du départ en Martinique: un petit lézard qui a pris des couleurs, et une araignée sauteuse qui a maintenant des bébés sauteurs.

Jour 17
Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Juliette !
C’est aussi le premier jour un peu frais avec des nuages gris. Heureusement, le soleil pointe vite son nez et les nuages s’écartent petit à petit. Aujourd’hui c’est la fête et donc je cuisine en conséquence : un risotto aux champignons et citrouille, un fondant au chocolat et le soir, une inauguration du kimchi de la mer mis à fermenter il y a 5 jours, avec du riz.
On bat aussi notre record de vitesse, même si le spi s’est détaché dans la nuit (cad la contre écoute s’est cassée mais le spi va bien) et qu’on a remis le génois et la GV, on tourne toujours autour des 8 noeuds constants, ce qui est génial. Par contre, qu’on aille vite ou lentement, pour l’instant on a pas réussi à repêcher du poisson ! On fait beaucoup de jeux aussi, de cartes, et Jason ou Juliette racontent des histoires provenant du livre Océan mer ou de l’Atlas d’Orbae. On est bien, il fait bon, le coucher de soleil est magnifique.

Jour 18
Il fait maintenant frais le matin, fini le maillot de bain au réveil. On est au 39ème degré nord, et on va bifurquer dans 20 milles direction plein est, enfin. Cette nuit on a perdu du vent mais il est vite revenu au petit matin, avec 6 noeuds de moyenne. Dimitri a demandé des congés pour le début du mois de juillet, il devient certain qu’on ne mettra pas 21 jours, la pétole nous a trop ralenti. Pourtant on ne le voit pas comme un retard, avec la mer on a de la chance, on a des conditions incroyables pour la vie à bord. On continue la journée avec 8 noeuds de moyenne, ce qui durera jusqu’à tard dans la nuit.

Jour 19
On sent qu’aujourd’hui c’est dimanche. Il fait gris et on se sent lazy. C’est une journée coussin lecture mais avec une grosse météo : beaucoup de houle, un vent à 15-20 noeuds et une petite pluie. Ça donne envie de rester à l’intérieur au chaud, parce qu’il fait bon maintenant dans le bateau. On ne s’y habitue pas !
Vers midi arrive un petit accident, un livre a gîté droit sur la paupière de Juliette sur le canapé du carré, résultat elle a un coquard au dessus de l’œil qui devient progressivement violet. Heureusement ça va dégonfler un peu progressivement dans la journée. Dimitri fait un énorme gâteau chocolat poire qui est bien réconfortant. Vers 18h30, c’est de nouveau la pétole, on est à 40 nord et 40 est, et 600 milles de Horta.

Jour 20
On voit sur la carte qu’on se rapproche des îles des Açores, ce qui fait plaisir, même si Dimitri considère qu’il reste encore sûrement 5 jours de navigation encore. Il nous reste plein de vivres d’ailleurs ! Tout le monde a vraiment bien dormi cette nuit et heureusement parce que la météo est constaude de bon matin et en continue : assez pour casser une fixation du pilote automatique. Purée encore lui quoi ! En fin de journée Dim répare la fixation et en attendant, et la nuit aussi, on barrera. Tout le monde met ses habits de quart la nuit maintenant, car tout est froid et humide. La journée heureusement ça va mais il fait frais à l’ombre. On tourne progressivement entre un cap 80 qui devient 100 puis ce sera 110 demain matin.

Jour 21
Ça fait officiellement trois semaines ! La nuit était compliquée pour toute l’équipe, qu’est ce que ça secouait cette houle ! Juliette avait même les mains qui pèlent en barrant cette nuit. On a fait des siestes toute la journée, en flânant à finir nos bouquins. Les îles approchent, on les voit si proches sur la carte.

Jour 22
C’est le dernier jour avec seulement l’immensité de la mer autour de nous. Demain, ou cette nuit, nous verrons Flores, puis enfin, 170 milles plus tard, Horta.
Pour ce dernier jour, la mer est belle comme à son habitude, scintillante de soleil et peu de houle. La pétole qui devait nous tomber dessus n’est toujours pas à à midi, mais la pression atmosphérique est déjà à 1027. Ce matin on a croisé deux bateaux, des tankers, et des dauphins.

Jour 23
Ça y est, l’île de Flores et sa collègue d’île pointent le bout du nez. Leurs reliefs montagneux sont à demi cachés par la petite bruine de pluie. Ce matin, nous avons fini de remplir la bouteille que je voulais lancer à la mer. Il y a maintenant dedans : des mots croisés, un cadavre exquis, un bout de terre d’Amazonie, un fruit de l’arbre du caoutchouc, une note stipulant qui on est, notre position, nos mails, et des souhaits pour celleux qui ouvriront cette bouteille. Nous l’avons lancé à la mer vers midi, en espérant qu’elle soit un jour trouvée, et sinon elle voguera longtemps parmi les galères portugaises. Nous devrions arriver après demain soir, voire dimanche. Tout dépend du vent, assez instable maintenant qu’on s’approche des îles.

Jour 24
On avance si doucement. Le vent est instable entre rien et un peu petit peu, on a à peine dépassé Flores en l’espace d’une journée. Le vent ne nous permet pas de partir au sud vers Horta, alors on patiente avec les brises que le vent veut bien nous lancer. On met même le moteur pendant 2 heures et puis la voile de nouveau. La nuit, quand ça devient pétolesque de nouveau, on range toute la voile et on attend vraiment.
Autre fait du jour, ce matin on a pêché un oiseau au lieu d’un poisson ! C’était triste à voir, ce grand oiseau blanc et brun avec le ventre gorgé d’eau. Il s’est pris le leurre l’inconscient. On l’a remis à la mer, et j’ai gardé avec moi une seule plume.

Jour 25
Aujourd’hui est sûrement le dernier jour de navigation entre la Martinique et les Açores. Cela paraît incroyablement bizarre ! Sur le bateau personne n’avait fait aussi longtemps en mer d’une traite. On s’est félicité.e.s sur la diversité de nos repas et de la justesse de la quantité de vivres. On a eu un beau rythme doux pendant ce voyage quand j’y pense. On a beaucoup lu et joué aux cartes. Ça s’est déroulé comme un quotidien, sur l’eau, pas comme quatre personnes qui ne se connaissent pas. C’était et c’est fluide. Cela a rendu la traversée très agréable.
A notre arrivée, proches de l’île de Faial, il y a un regain de vie : des dauphins restent longtemps avec nous à l’avant du bateau dans l’eau limpide, puis des cachalots arrivent, de partout : à tribord, derrière, à bâbord, pendant une heure, tandis qu’on attend que les frites soient cuites et qu’on joue aux cartes. Finalement, on se met au mouillage car c’est déjà tard. On est déjà le 4 juillet. Le port d’Horta, ce sera demain matin.