La première semaine de la traversée de l’océan Atlantique, entre grand soleil, seaux d’eau de mer, et poissons volants en vue 👀 🐟🪶
27 janvier – Départ de Mindelo
Après avoir décalé notre départ plusieurs fois, notamment pour qu’Anna puisse se faire vacciner contre la fièvre jaune, nous sommes prêt.e.s à partir. Même nos amarres veulent se détacher d’ici, à cause du vent on réussit à bien bien amocher et scier toutes nos amarres au port. On passe à l’immigration refaire tamponner nos passeports et puis c’est parti !
On se rend compte qu’il y a un bruit étrange dans l’hélice du bateau mais l’eau étant trouble encore on vérifiera ça plus tard. On hisse la GV avec deux ris et le génois, un peu enroulé. Petite pensée pour Diego le bateau-stoppeur qui n’a pas encore trouvé de bateau et qui voulait de base être à Belém pour la COP. On espère qu’il trouvera quand même ! Le bateau est stable et la houle pas trop violente, il fait bon d’avoir les deux voiles pour l’équilibre du bateau. On commence les quarts en pensant aux poissons volants qu’on verra avec un peu de chance, en mangeant la délicieuse foccacia aux olives noires et tomates séchées d’Alex.
28 janvier
Au lever du jour, j’aperçois deux poissons volants sautiller très haut par rapport à la surface de l’eau. Aujourd’hui, c’est le jour que j’attendais : je vais enfin faire du papier en mer.
Le matin je dessine une couverte de tamis papetier en forme d’oiseau, pour faire des feuilles artisanales avec cette forme, créant ainsi des oiseaux-enveloppes. Je reporte cette forme dans une couverture de classeur en plastique. Ensuite je récupère tous les papiers que je collecte depuis le début de la traversée, pour les trier et les déchirer en petits bouts. Vient l’après-midi ensoleillé où je mixe ma pâte et je fais mes premières feuilles. Ce n’est pas 100% de réussite à cause des fibres courtes ou du vent sur les feutres, mais j’arrive à garder la moitié. Par malchance, un coup de vent me propulse sur mon tamis les fesses la première : il faudra donc le réparer avant de reprendre la production. Tant pis, je continue des feuilles un peu plus petites, qui sèchent sur les filières du bateau, et même sur les hublots. Il fait si beau.
30 janvier
On n’arrive pas à faire exactement le cap qu’on voudrait, avec les voiles réglées en travers / grand largue et une houle dérangeante, qui nous fait aller soit au sud soit au nord-ouest, donc on alterne entre les deux. La fatigue se fait sentir avec ce génois qui claque, et ce qui devait arriver arriva : une grosse vague de cette houle enquiquinante est rentrée dans notre cabine avant pendant qu’on y faisait une sieste. D’un coup, c’était le bain ! J’en ai bien ri mais il a fallu tout faire sécher, heureusement que maintenant il fait bien chaud. Ce soir, c’est pizza à pâte épaisse à la patate (petite pensée pour Mamie Carmela), topping olives tomates séchées et halloumi pour la mozza, fait par Morgane pour le repas du midi. La pizza est réussie et délicieuse, incroyable qu’on puisse en faire une belle avec le four du bateau.
31 janvier
Dimitri aujourd’hui n’est pas en forme, il a son torticolis qu’il se traîne depuis qu’on est parti.e.s qui a empiré, et donc on le remplace pour ses quarts. Je dévore un livre super sur le voyage et les femmes, de Lucie Azema : Les femmes aussi sont du voyage. Elle parle de l’émancipation des femmes par le voyage, du lien entretenu entre lire et voyager aussi, comme des fenêtres ouvertes sur le monde dans les deux cas. Le livre donne une énergie puissante et une fraîcheur encore renouvelée sur ce voyage.
1 février
Ce matin, on change l’orientation des voiles avec Dimitri, qui va mieux : on installe le génois et la GV en ciseaux, sauf qu’on met le génois sur tangon, créant un ensemble plus stable, et un meilleur cap sur le Brésil. En le faisant, on trouve un énorme poisson volant échoué à l’avant du bateau. Après pris et repris en photo, on décide de le garder pour servir d’appât pour la pêche à la traîne. Ça me sert le coeur de le voir finir sur le pont, et en même temps je comble un peu la curiosité que j’ai en étudiant avec attention cette sorte de fée des mers.
2 février
On ne se refuse rien en cuisine : avec Morgane on réussit à faire des bubbles tea avec des boules de tapioca et du thé infusé, mais les contenants sont moins chics : on les met dans nos chers vieux verres écocup. Frigo de la transat : un seau d’eau de mer pour refroidir le tout. Il y a des petits nuages aujourd’hui, ça change du soleil aveuglant. Mais chaque jour, on gagne quelques degrés. Et chaque jour, on se jette des seaux d’eau pour se rafraîchir un peu.
Autre expérimentation du jour, je mets en pot un kimchi de la mer, avec du chou blanc, carottes et poires : on verra bien dans 4-5 jours son goût, kimchi qui sera d’ailleurs prêt pile pour le moment où on aura plus beaucoup de frais à manger sur le bateau. Le coucher de soleil est éblouissant : on voudrait rester là un peu plus longtemps à le contempler, c’est aussi le tout premier jour où il y a une envie collective de bière. Et bien, nous n’en avons pas.
3 février
Ça y est, on a fait un peu plus de la moitié du trajet Mindelo-Belém, la barre des 1000 milles est passée aussi, on est en dessous ! Ce soir Morgane nous fait des aloo paratha, en mode kebab végé de cheffe et de l’houmous maison.


















