1 semaine en Dominique avec une mission spéciale

Comment réussir une mission dernière chance sur l’île de Pirates des Caraïbes, pour désosser un bateau échoué qui par chance est le même que le nôtre, et récupérer son mât, sa bôme, son balcon, accastillage. Spoiler, c’est une mission réussie, entre sueurs de soleil et de frousse, les pieds dans l’eau, au milieu des crabes.

Venir en Dominique est un pari un peu fou. Tout a commencé par une personne qui nous a dit, après une semaine infructueuse de recherche d’un mât d’occasion en Martinique, qu’il y avait le même bateau que nous, échoué en Dominique, avec son mât toujours hissé et hors de l’eau.
Après s’être dit un peu en riant que ça pourrait être drôle et piratesque d’aller chercher un mât sur un bateau échoué en Dominique au lieu d’en acheter un d’occasion en Martinique, c’est finalement devenu notre option numéro 1. Et donc, on est parti.e.s.

Après 20h au moteur, et en amont, une prise de contact avec l’association locale PAYS qui gère le mouillage à Portsmouth en Dominique, on arrive dans le village, qui est la deuxième « ville » après Roseau. C’est clairement un village de maisons de bambous et de tôles, coloré, rempli de rastas aux noms géniaux, comme Yellow, Bounty ou encore Pamplemousse. La végétation n’a rien à voir avec la Martinique, pourtant pas si loin, ici c’est plus dense, moins sec, les nuages restent perchés sur les montagnes, qui annoncent des randonnées de rêve.

Mais pour nous, c’est une tout autre mission qui commence. Il s’agit, en moins d’une semaine, de réussir à : faire tomber un mât sans le casser, le ramener au bateau, récupérer (déterrer même) la bôme, le balcon avant, le balcon de mât (bonus, on en avait pas), et d’autres accastillages (manquants ou cassés sur notre bateau).
Ce bateau est échoué depuis 2 ans, et le mât est encore bien maintenu, pas du tout immergé, contrairement à ses haubans d’un côté, qui sont donc irrécupérables. L’enjeu est de réussir à faire descendre le mât en douceur sans qu’il tombe de haut, car le bateau est échoué entre sable et eau, et le mât penche côté sable.

On commence par la récupération des balcons et le déterrage de la bôme, qui est à moitié enfoncée dans le sable. On parvient à la dégager, et à l’emmener jusqu’au bateau en annexe, tirée par un cordage et flottante grâce à des pare-battes. On comprend tout de même que c’est vraiment le maximum que notre moteur d’annexe peut parvenir à tirer, et donc on se demande comment on va bien pouvoir ramener le mât au bateau, car il y a bien 100-150 mètres entre le bateau échoué et notre bateau au mouillage.

Dimitri élabore ensuite toute une série de stratégies pour déposer le mât en douceur, ce qu’on arrivera à faire après des heures de grande tension, à enlever les haubans un à un, avec des systèmes de palans pour maintenir des fixations de mât provisoires. Heureusement pour nous, on rencontre trois rastas, qui ont un bateau en bois de contrebandier, magnifique, fabriqué par leurs soins à Carriacou, et qui aimeraient récupérer la lumière en haut du mât du bateau échoué. Ils nous aident à enlever les haubans, et avec leur annexe super puissante ils parviennent à tirer le mât dans l’eau jusqu’à notre bateau. D’autres navigateurices, qui observent la scène, viennent nous aider à hisser le mât de l’eau jusqu’à un côté du bateau. On s’y prend à 7 personnes, le mât est gorgé d’eau et du sable noir volcanique de l’île.
C’est tout bon, le mât est ficelé côté tribord, et la bôme, surnommée la bôme de Davy Jones du fait de tous ses coquillages incrustés, est côté bâbord. Demain, c’est dimanche, on va pouvoir faire enfin autre chose que de désosser un bateau. Faire une randonnée par exemple !

Mais, que nenni. On se fait réveiller à 7h du matin par un gars qui a vu le mât sur le bateau et qui croit qu’on va partir sans payer les pièces qu’on a récupéré (alors qu’on a un accord avec l’association et qu’on a déterminé le prix ensemble). Il est furax, ne veut pas nous écouter, et on comprend qu’il y a trop de gens dans cette asso et un manque évident de communication entre elleux. Après nous avoir menacé en nous disant que la police nous attendait de pied ferme à terre, nous allons régler ce malentendu avec l’association, directement au bureau.
Non seulement il n’y a pas la police, mais on tombe sur encore une autre personne de l’asso qu’on ne connaissait pas, on lui explique, on doit même lui montrer nos conversations WhatsApp avec l’asso, et il comprend que c’est un gros malentendu.
Par contre, ce qui se passe en parallèle, c’est qu’il y a une autre personne qui veut les sous des pièces du bateau, et qui n’a rien à voir avec l’asso ni le propriétaire (qui lui a disparu depuis longtemps). Ça commence à sentir le roussi de rester ici parce que l’autre personne qui veut les sous est en Guadeloupe à ce moment là, et veut nous faire rester sur l’île jusqu’à qu’il arrive, par l’intermédiaire d’un de ses sbires qui est ici et qui a volontairement caché une pièce du bateau qu’on voulait acheter : l’enrouleur. Au vu de l’entourloupe, on préfère abandonner l’enrouleur et partir fissa fissa avec ce qu’on a déjà payé.

Et c’est comme ça, qu’aux aurores, on part de Dominique, discrètement, mais en règles avec l’asso (asso géniale d’ailleurs, elle organise même des barbecues collectifs deux fois par semaine) en priant de ne pas croiser les sbires du gars de Guadeloupe. Et ainsi, on remet le cap sur la Martinique, avec un espoir plus grand de remâter à temps et de repartir en mer faire la transatlantique retour, avant la saison cyclonique.